Eglise Saint-Eustache : la rivale de Notre-Dame

Franck Gintrand

Publié le :

  • 22 janvier 2021

Construite entre 1532 et 1640, fin Gothique-Renaissance, Saint-Eustache est une des rares églises parisiennes construites au XVIe siècle et la grande église du quartier des Halles.

Comme pour l’hôtel de ville, l’instigateur de ce projet est le roi François 1er. Le monarque souhaite voir construit un ouvrage rivalisant avec la cathédrale Notre-Dame de Paris, comme son équivalent, sur la rive droite. De fait, les deux églises présentent de nombreuses similitudes : cinq vaisseaux, un transept non saillant, une abside et des chapelles toutes comprises dans son périmètre, une taille quasi-équivalente.

Le style renaissance est présent dans les arcades en plein cintre, les piliers flanqués de pilastres et la décoration abondante des chapiteaux. Contrairement aux ogives (ces arêtes de pierre qui se croisent pour supporter le poids de la pierre), qui se rapportent plus au style gothique flamboyant, le chœur et les piliers de la nef avec leurs têtes d’anges et leurs feuillages de pierre viennent d’une esthétique renaissance. La façade date du XVIIIe siècle. La tour de droite est restée inachevée. Autrefois inséré dans un tissu urbain très animé, l’édifice est aujourd’hui dégagé sur trois côtés et s’ouvre sur le jardin qui, au milieu du XXe siècle, a succédé aux pavillons de Baltard. Le mélange des styles explique que l’architecture ait été l’objet des jugements les plus contradictoires : les uns révélant une admiration passionnée, les autres la plus extrême sévérité. Viollet-le-Duc, notamment, la trouvait sans harmonie.

L’histoire de Saint-Eustache et celle des Halles sont étroitement liées. Le marché a débuté vers le 12ème siècle, une centaine d’années avant que les premières pierres de l’église soient posées. Depuis, l’édifice religieux accueille les confréries des métiers présents dans les Halles (terme anachronique puisque le marché n’est couvert que depuis la seconde moitié du 19ème). Certaines reliques de ce rapprochement existent encore, comme la « La Messe du Souvenir des charcutiers » qui a lieu chaque année en novembre.

Le nom de Saint-Eustache date de 1223, lorsque la chapelle est devenue une véritable paroisse, à la suite de don de reliques du Saint par l’Abbaye de Saint-Denis. Les symboles d’Eustache, un S et E enlacés, un cor de chasse et un cerf (Dieu ayant pris l’apparence de cet animal devant lui pendant une partie de chasse) figurent à plusieurs endroits de l’église.

Saint-Eustache peut se targuer d’avoir accueilli entre ses murs de nombreuses figures importantes de l’Histoire de France. Et ce, pour des événements allant de la naissance à la tombe. Richelieu, Molière et madame de Pompadour, pour ne citer qu’eux, ont été baptisés avec l’eau de cette église. Sully (Ministre d’Henri IV) et Lully (compositeur préféré de Louis XIV) se sont mariés devant son autel. Le Roi-Soleil y a d’ailleurs fait sa première communion. Les hommes célèbres liés à Saint-Eustache : Colbert (son mausolée est à l’intérieur de l’église), Mozart, Lully, Berlioz, ou l’architecte Baltard.

Un des plus grands orgues d’Europe, 8 000 tuyaux, 5 claviers manuels de 61 notes chacun et d’un pédalier de 32 notes, il dépasse en grandeur ceux de Notre-Dame et de Saint-Sulpice. Cet orgue a également ramené dans les murs de l’église bon nombre de célébrités. Au 19ème, Hector Berlioz et Franz Liszt ont joué avec ses tuyaux. Restaurées dans les années 90, Elisabeth II est venue spécialement voir les grandes orgues après leur inauguration par Jacques Chirac (alors maire de Paris). Si l’envie vous prend de vous la jouer Reine d’Angleterre, mettez un chapeau pour aller assister aux auditions gratuites le dimanche après-midi.

Comme toutes les grandes et anciennes églises de Paris, Saint-Eustache possède une collection de tableaux de maîtres et de fresques dignes de curiosité. Les tableaux ont été mis en place après la Révolution, certains d’entre eux sont des saisies des campagnes napoléoniennes que la France a pu conserver après les Cent-Jours parce qu’ils étaient dans des églises (ainsi la toile «Tobie et l’ange» du toscan Santi di Tito).

Exécutées par une trentaine d’artistes, toutes les fresques des chapelles datent du XIXe siècle (entre 1848 et 1870). Victor Baltar, qui était en charge de la restauration de l’édifice après l’incendie de 1844, a supervisé le travail artistique. Citons quelques-uns de ces peintres : Auguste Vauchelet, Félix-Joseph Barrias, Jean-Louis Bézard ou encore Émile Signol.

Trois œuvres contemporaines : Keith Haring, John Armleder et Raymond Mason. Vitraux du XVIIe siècle de Soulignac.

Chapelle de la Rédemption

Peintures d’Auguste-Barthélemy Glaize (xixe siècle)

Chapelle des fonts baptismaux

Chapelle Notre-Dame-des-Sept-Douleurs

Peintures de Léon Riesener (xixe siècle) ; statue d’une Vierge de douleur.

Chapelle Saint-Joseph

Peintures murales du xviie siècle restaurées au xixe siècle: La RésurrectionL’AssomptionL’Apparition à la MadeleineL’Apparition aux Saintes FemmesL’Apparition aux disciples d’Emmaüs. Ces peintures murales, attribuées à Simon Vouet, ont été restaurées en 1850

L’Apparition aux disciples d’Emmaüs

Chapelle Saint-Eustache

Peintures d’Alphonse Le Hénaff (xixe siècle).

Chapelle Saint-Louis

Peintures de Félix-Joseph Barrias (xixe siècle), dont Saint Louis en prière devant la croix.

Fresque «Consécration de la Sainte Chapelle, Saint Louis offre la couronne d’épines»

«Saint Louis en prière devant la croix»

Orsay

Chapelle Sainte-Geneviève

Peintures d’Auguste Pichon (xixe siècle) et Tobie et l’ange de Santi di Tito (1575).

Tobie et l’ange de Santi di Tito

Tobie c’est un peu l’anti-St Thomas : il n’a clairement pas besoin de voir Dieu pour croire et suivre ses directives

La peinture le figure là accompagné de l’ange Gabriel. Facile dans ces conditions de croire ? Pas vraiment car Tobie ne sait pas que Gabriel c’est un ange.

Santi di Tito (San Sepolcro 1536-Florence 1603), élève de Bronzino puis de Bandinelli, il acheva sa formation à Rome. Les églises de Florence possèdent de nombreux tableaux de sa main. Il est un des principaux représentants du maniérisme toscan dans la 2ème moitié du 16e siècle.

Dans la chapelle Sainte-Geneviève se trouve ce magnifique tableau, peint à l’huile sur panneau de bois, vers 1575, par Santi di Tito, peintre maniériste italien de l’école florentine. Il fut saisi par les armées napoléoniennes en Autriche, comme de nombreux chefs d’oeuvre, et fut rapporté à Paris. Il était à cette époque attribué à Raphaël, ce qui était plus prestigieux. Le sujet est issu de l’Ancien Testament, du livre de Tobie.

Le jeune Tobie est envoyé par son père, devenu aveugle, dans une contrée lointaine pour se faire payer une dette. Il est accompagné de l’Ange Raphaël qui le protège des dangers encourus. Ce dernier lui indique comment il peut guérir la cécité de son père avec le fiel, le coeur et le foie d’un poisson. Sur le tableau, l’ange guide le jeune homme sur le chemin du retour. 

Le jeune Tobie est envoyé par son père, devenu aveugle, dans une contrée lointaine pour se faire payer une dette. Il est accompagné de l’Ange Raphaël qui le protège des dangers encourus. Ce dernier lui indique comment il peut guérir la cécité de son père avec le fiel, le coeur et le foie d’un poisson. Sur le tableau, l’ange guide le jeune homme sur le chemin du retour. 

Tobie tient le monstrueux et dangereux poisson qu’il a pêché pour que son père retrouve la vue ainsi que l’argent récupéré. Sans regarder la route, Tobie se laisse guider par l’Ange, cette attitude symbolise sa confiance et son abandon à Dieu. 

Dans ce tableau au cadrage serré, les personnages sont élancés et dansants, les draperies volantes et la gestuelle gracieuse. Les coloris jouent sur les oppositions des roses clairs, des bleus pâles et des verts, formant des harmonies acidulées et délicates. Il émane de cette oeuvre un lyrisme teinté de douceur.

Propriété de la commune (?)

Autres oeuvres du peintre

«Rencontre de saint Germain et de sainte Geneviève» par A. Pichon.

«Sainte Geneviève faisant l’aumône aux pauvres» par A. Pichon (1855)

Chapelle Saint-Vincent-de-Paul

En 1803, le nom de saint Vincent de Paul fut donné à cette chapelle en souvenir du séjour du saint sur le territoire de la paroisse de 1613 à 1623, alors qu’il était précepteur de la famille de Gondi. Elle présente, en dépôt de la Ville de Paris, une œuvre de Keith HaringLa Vie du Christ (vers 1989) un triptyque en bronze et patine d’or blanc. Elle est décorée de peintures murales du xviie siècle

Keith Haring

Chapelle Sainte-Madeleine

Le tableau de Rutilio ManettiL’Extase de la Madeleine16,17, se trouve, depuis 1933, dans la cinquième chapelle du déambulatoire. Cette chapelle possède également des peintures murales du xviie siècle

Chapelle Saint-Pierre l’exorciste

Peintures de Pierre Claude François Delorme (xixe siècle).

Chapelle Saint-Louis-de-Gonzague

C’est dans cette chapelle, à gauche de la chapelle de la Vierge, que se trouve un chef-d’œuvre de la sculpture baroque du xviie siècle : le Tombeau de Jean-Baptiste Colbert. D’après un dessin de Charles Le Brun, ce monument funéraire a été réalisé par Antoine Coysevox et Jean-Baptiste Tuby19. Peintures de Jean-Louis Bézard20 (xixe siècle).

Chapelle de la vierge

abrite désormais en son centre une sculpture de la Vierge à l’Enfant de Jean-Baptiste Pigalle que le peintre Thomas Couture a mis en valeur par trois grandes fresques sur le thème de la Vierge. Les vitraux sont du xixe siècle et représentent une série de rois et de saints.

Chapelle des catéchismes

Peintures d’Émile Signol (xixe siècle). ????

Chapelle des Charcutiers (anciennement chapelle de Saint-André)

Peintures d’Isidore Pils, dont Le Martyre de saint André (xixe siècle)22 ; présence d’un vitrail de 1945 sur le thème du souvenir à la mémoire de la Société de la charcuterie française fondée en 1809, pour laquelle une messe est célébrée chaque année dans cette chapelle23.

Deux panneaux de John Armleder (2000).

Isidore PilsLe Martyre de saint André.

Chapelle des Saints-Anges

La chapelle des Saints-Anges à Saint-Eustache fit l’objet en 1633 d’un marché de décoration passé entre la famille des Du Val, dont le blason figure sur le décor et le peintre Antoine Ricard (1600-1652).

À gauche, 4 hommes agenouillés attirent le regard : le premier, vêtu d’une armure et d’un grand col de dentelle est Charles Du Val. Derrière lui, un ecclésiastique en camail et surplis est Claude Du Val, fils de Charles et de Lucrèce. Les gendres de ces derniers complètent le tableau. En dessus le Christ entouré d’anges apparaît dans la nuée à la sainte Vierge. A ses pieds se tient Lucrèce de Montivilliers, la donatrice, épouse de Charles Du Val. Le plafond est rempli par des angelots.

Sur la paroi opposée, dominée par le Père éternel, saint Michel précipite les anges déchus en enfer. Une inscription rappelle que les peintures ont été recouvertes d’un épais badigeon pendant la Révolution, puis restaurées sous la conduite de Baltard en 1850. Restaurées à nouveau par la ville de Paris à l’occasion de l’exposition “Les couleurs du ciel” en 2013.

Chapelle Sainte-Anne

Peintures d’Hippolyte Lazerges (xixe siècle).

Chapelle Sainte-Agnès

Peintures de Théophile Vauchelet (xixe siècle). Copie de La Déposition du Christ, d’après Luca Giordano.

Chapelle du Sacré-Cœur

Peintures de Charles-Philippe Larivière (xixe siècle).

Chapelle des Âmes du Purgatoire

Ecce Homo (1856), haut-relief d’Antoine ÉtexLa Transfiguration (1855) peinture d’Albert Magimel.

Chapelle des Âmes du Purgatoire

Ecce Homo (1856), haut-relief d’Antoine ÉtexLa Transfiguration (1855) peinture d’Albert Magimel.

Chapelle Saints-Innocents

Le Mariage de la Vierge, haut-relief d’Henry de Triqueti.

Chapelle Saint-Cécile

Le Mariage de la Vierge (1858), tableau de Léon Brunel-Roque.

Chapelle du Calvaire ou de la Crucifixion

Le Martyre de saint Eustache de Simon Vouet

bas de la nef, au-dessus de la porte nord

«Le Martyre de saint Eustache» de Simon Vouet (1590-1649)

Œuvre par Simon Vouet (1590 1649.), artiste peintre très connu sous du règne de Louis XIII. Le martyr de St-Eustache est une peinture commandée par le cardinal de Richelieu.

Eustache, général romain converti au christianisme, y est représenté détournant ses yeux du dieu païen que l’empereur Trajan lui demande d’adorer. L’empereur le condamne alors à être brûlé vif dans un taureau d’airain avec sa femme et ses deux fils, visibles au milieu des fumées dégagées par le brasier. Des angelots porteurs de couronnes de lauriers manifestent la reconnaissance divine et anticipent l’accueil d’Eustache et de sa famille auprès de Dieu. 

Saint Jean-Baptiste, de François Lemoyne (1688-1737), dans le bas-côté nord

La mythologie côtoie la religion et notre saint Jean-Baptiste à la ligne sinueuse ressemble presque à un Bacchus.

François Lemoyne est considéré comme l’un des plus grands peintres d’Histoire de son temps et il cumule effectivement les distinctions : lauréat du Prix de Rome en 1711, membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, gagnant ex-aequo du concours du meilleur peintre académicien en 1727, nommé en 1736 premier peintre du roi…  Mais, homme très angoissé, il ne supporte plus la pression qu’on lui inflige, la jalousie de ses contemporains et se suicide en 1737. Son art lui survit et influence cependant tout le XVIIIème siècle à travers la peinture de ses célèbres élèves François Boucher

Banc d’œuvre

un des rares bancs d’œuvre datant de l’Ancien Régime encore visibles à Paris

L’opération de restauration conduite par la Ville de Paris a débuté en octobre 2016 et s’est achevée en mai 2018. Elle a consisté à restaurer les maçonneries, les sculptures, les ouvrages de métallerie, les charpentes et les protections en plomb. Elle a également permis le nettoyage des vitraux, la restitution des deux cadrans solaires

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