Chartes d’Athènes : ses silences, ses oublis

Franck Gintrand

Publié le :

  • 6 septembre 2020

L’enjeu de la mixité sociale

La Charte n’aborde pas le sujet de la mixité sociale. Comme si, pour les architectes modernes, les nouveaux logements étaient destinés à accueillir indistinctement ouvriers et cadres supérieurs. La question de la capacité – ou de l’incapacité – de la ville à accueillir et brasser toutes les strates de la société est pourtant posée dès le XIXe siècle. En 1840, un conseiller municipal, s’inquiète des conséquences de la ségrégation sociale sur la cohésion urbaine : « le jour où nous aurons administrer de telle sorte que ces classes seront séparées, que nous aurons des quartiers aristocratiques et des quartiers prolétaires, des quartiers financiers et des quartiers indigents, et par suite des compagnies de garde nationale en gants jaunes et bottes vernies et d’autres aux mains calleuses, nous auront détruit la base essentielle de l’ordre public. » Même si la charte n’en fait pas mention, la tendance à la ségrégation sociale commençait à se poser.

Les hauteurs et l’apparence des immeubles

Déjà sous l’ancien régime, une législation en vigueur limitait les hauteurs de construction à 20 mètres et proscrivait rigoureusement les sailles et protubérances en façade. Les balcons eux-mêmes n’étaient autorisés qu’à partir de 5,75 mètres. L’assouplissement de ces prescriptions en 1882 et 1902 traduisit la crainte d’une monotonie urbaine.

Le centre-ville

La notion de « Cœur de ville »apparaît pour la première fois lors du VIIIème congrès des CIAM. Elle est l’objet d’un ouvrage publié en 1952 The Heart of the City dans lequel Siegfried Giedion expose la nature historique du cœur de ville : Historical Background to the Core. Nous trouvons ici l’usage des deux mots en anglais : heart (cœur au sens humain) et core (cœur au sens de centre, noyau). 

En 1956, Charles Abrams décrit la paupérisation des centres-villes américains lors de la conférence de Design urbain organisée par Sert : « Les centres des villes que les blancs ont désertés, se remplissent de travailleurs noirs, qui s’entassent par vagues successives d’immigrants colorés dans les maisons abandonnées. Avec pratiquement aucune nouvelle habitation construite pour eux, la surpopulation des « non-blancs » est six fois plus forte que celle des blancs. » De son côté, le maire de Pittsburgh prononce un vibrant plaidoyer en faveur du centre-ville : « Peut-être que certains pensent que la ville est techniquement obsolète. En ce qui concerne notre grand dessein pour Pittsburgh, nous ne le pensons pas. Nous pensons au contraire qu’une civilisation ne peut se réduire à un chapelet de maisons de campagne, ou à un étalement dans le paysage de villes satellites inachevées tournant autour de rien. Nous pensons qu’il doit y avoir un centre où les plus hautes compétences sont concentrées et où on échange idées et services; où le rare et le beau sont exaltés; où l’art de l’administration peut être pratiqué; où le besoin humain de se mêler aux autres est satisfait. »

Les transports en commun

Les gares étaient conçues par Haussmann comme les nouvelles portes de Paris tandis que les lignes de tramway contribuaient à unifier l’espace urbain.

Les places

Le grand sujet de Camillo Sitte.

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