Déclaration de candidature – Article

Franck Gintrand

Publié le :

  • 7 mai 2020

Comment réussir (ou en tout cas ne pas rater) sa déclaration de candidature aux présidentielles ?Un passage obligé et très codifié

Figure obligée d’une campagne électorale, la déclaration officielle n’a le plus souvent qu’une importance secondaire. Encore faut-il ne pas la rater.

Le lieu : en dehors des palais et, si possible de la capitale

Candidats à leur propre succession en 1965 et 1981, Charles de Gaulle puis Valéry Giscard d’Estaing annoncent leur candidature depuis l’Elysée tandis que Jacques Chirac en 1988 et  Edouard Balladur en 1995 s’expriment depuis Matignon. La sollenité du ton va de paire avec celle des lieux. Mais les temps changent et, à partir de 1988, la majorité des sortants – président, premier ministre ou ministre – se déclare en dehors des palais de la république. François Mitterrand annonce son intention de se représenter au journal de 20 heures. Jacques Chirac annonce sa seconde candidature à l’élection présidentielle dans la Voix du Nord en 1994 puis son intention de se représenter lors d’un déplacement à Avignon. Suivant une intuition qui ne convaincra personne, Lionel Jospin choisit d’envoyer un fax depuis son domicile en 2002. Quant à Nicolas Sarkozy, il tente de rééditer le choix de Jacques Chirac en 1994 en communiquant une interview à plusieurs journaux régionaux. Mais, la veille de la publication, l’effet de surprise est compromis par Libération qui en dévoile le contenu sur son site internet.

De leur côté, les challengers privilégient systématiquement la province à Paris. En 1981, Michel Rocard et Valery Giscard d’Estaing s’adressent aux Français depuis leur mairie. Ségolène Royal officialise sa candidature lors d’un meeting à Vitrolles. François Hollande s’inscrit dans cette tradition en officialisant sa candidature dans son fief de Corrèze.

Le moment : savoir se faire désirer mais sans se ridiculiser

Un choix peut consister à se déclarer le premier pour prendre ses concurrents de vitesse. C’est le pari que fait Jacques Chaban-Delmas lorsqu’il choisit de se déclarer quelques minutes avant la fin de l’éloge funèbre de Georges Pompidou à l’Assemblée Nationale. Jacques Chirac et les barons du gaullisme auront beau jeu de prendre rapidement leur distance au nom de la décence. Même démarche de Michel Rocard en 1980. Sans parler de Manuel Valls qui, parti en campagne deux ans avant la future élection présidentielle, se trouve obligé de se déclarer une seconde fois.

Afin de profiter de la légitimité de leur fonction, les sortants ont naturellellement tendance à vouloir se déclarer le plus tard possible. En 1981, Valéry Giscard d’Estaing n’officialise sa candidature que deux mois avant le scrutin. En 1988, François Mitterrand en fait autant. Cet exemple est suivi par Jacques Chirac et Edouard Balladur qui, en 1988 et 1995, se déclarent moins de quatre mois avant l’élection puis par Lionel Jospin qui attend le mois de février 2002 pour officialiser sa candidature. Nicolas Sarkozy, lui, choisit d’entrer officiellement en campagne en novembre, soit quasiment au même moment que Ségolène Royal.

Mais la campagne débute en réalité bien avant la déclaration officielle. François Mitterrand s’emploie dès les débuts de la cohabitation à critiquer l’action de son premier ministre, cultive l’ambiguïté sur ses intentions et demande à Jacques Séguéla de réfléchir avec lui sur sa campagne un an avant l’élection. Selon le publicitaire, le président lui aurait confié : « Cette fois, je n’ai pas pris ma décision, et, à vous dire vrai, je pense qu’il y a plus de chance qu’elle sot négative que positive. Mais ‘au cas où’, je ne veux rien négliger. Alors si vous voulez bien, commençons demain. » 

En cours de rédaction

Discours : identifier sa cible… et ne rien oublier d’essentiel

Une déclaration de candidature tient de la figure de style avec ses passages obligés et facultatifs, sa sémantique et sa gravité. La candidature à la présidence de la république est par définition le fruit d’une « décision importante » et « murement réfléchie ». Jacques Chirac parle d’un « choix en conscience et éminemment personnel » tandis que Nicolas Sarkozy évoque un « choix de vie ». Lionel Jospin, lui, n’en dit rien. Ni en 1995, ni en 2002. L’évidence est telle qu’on peut effectivement se passer de ce genre de préalable.  En revanche, un candidat aura intérêt à traiter tous les thèmes suivants.

  • L’envie et la capacité « d’y aller »

Comme n’importe quel postulant, le candidat à l’élection présidentielle doit afficher sa motivation. En 2002, Lionel Jospin déclare avoir « appris à mieux connaître, à mieux aimer, à mieux servir notre pays (…)De cette expérience, [il a ] retir[é] beaucoup d’énergie, d’idées et de volonté pour aborder le nouveau temps qui s’annonce ». En 2007, N. Sarkozy [se] « sens la force, l’énergie et l’envie de proposer une autre vision de la France ».

  • L’amour de la France et des Français

Inutile d’en faire trop. Quelques mots suffisent. Lionel Jospin fend l’armure de façon pudique (« On dit parfois que le pouvoir éloigne; j’ai, pour ma part, le sentiment qu’il m’a rapproché de vous ») quand Nicolas Sarkozy va directement à l’essentiel (« J’aime mon pays »). La prochaine présidentielle promet d’être placée sous le signe du patriotisme. Pour François Hollande «c’est de la France qu’il s’agit, notre pays, notre grand pays, un pays dont nous sommes fiers ». Manuel Valls, dans sa seconde déclaration de candidature, surenchérit : « La France est un pays magnifique, aimé, désiré, dans le monde entier pour son histoire, sa culture et sa langue. Encore aujourd’hui, des quatre coins du monde nous sommes un phare. Regardons le printemps arabe. Même libérés des dictatures, les peuples expriment leur désir de nous rejoindre. Certes, notre lumière a décliné, mais elle oriente encore, toujours, les âmes insoumises qui aspirent à la liberté et au droit au bonheur»

  • L’attachement à des valeurs

Bien sûr, les valeurs ne tiennent pas lieu de programme mais elles sont les aiguille d’une boussole censée guidée l’action. Plus prosaïquement, elles permettent aux électeurs de situer le candidat plus ou moins à droite ou plus ou moins à gauche. En 2002, Lionel Jospin « souhaite restaurer l’esprit de responsabilité, fondement de l’autorité [et] placer la responsabilité au coeur de l’action publique, la promouvoir dans notre société à tous les niveaux ». De son côté, Nicolas Sarkozy adopte un positionnement clairement affirmé à droite : « Je crois aux vertus du travail, du mérite, de la récompense et de l’effort. Mais je ne suis pas un conservateur car je crois au mouvement. » Celui qui est alors ministre de l’intérieur ajoute que « l’ordre n’est acceptable que s’il est en mouvement » et que « l’ordre juste, c’est juste de l’ordre », une façon de répondre au positionnement très offensif adopté par Ségolène Royal. François Hollande crois « au progrès », en « un avenir meilleur » et en « une vie meilleure ».

(en cours de rédaction)

  • Le volontarisme

Le volontarisme est une figure imposée. Toute la question n’est pas de savoir si le politique veut et peut (cela va de soi) mais si la fonction exécutive consiste à établir des priorités et impulser ou à décider et agir…

En cours de rédaction

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