Quand des villages renaissent de leurs ruines

Franck Gintrand

Publié le :

  • 6 février 2019

Des cas de renaissance

Deux exemples donnent de l’espoir aux vendeurs, portés par des noms célèbres: Pierre Cardin à Lacoste et Johnny Depp à Plan-de-la-Tour.

Pierre Cardin investit dans le Lubéron

A l’extrême fin du XXe siècle, le village de Lacoste, dans le Lubéron, se meurt. Si la région figure parmi les destinations prisées des «bobos parisiens», l’état du bâti a fait fuir les habitants au fil des années. En 2000, le bourg dominé par le château ayant appartenu à la famille du Marquis de Sade et visité par André Breton ou René Char se retrouve largement déserté. Le couturier français Pierre Cardin, qui connaît les lieux, décide alors de redonner vie à ce village. Mois après mois, il convainc les familles et les ayants-droits de lui revendre les maisons abandonnées et finit par se retrouver propriétaire d’une quarantaine de bâtisses qu’il restaure, injectant plusieurs millions d’euros dans les chantiers et se réjouissant de «faire travailler une demi-douzane d’entreprises locales».

Non content de sauver l’ensemble architectural de la ruine, il rencontre les habitants restants et leur annonce d’ambitieux projets: «un piano bar, trois hôtels dont un de luxe, un café populaire, un restaurant panoramique, de garder la boulangerie ouverte, ainsi que des galeries et boutiques», affirmait-il en 2008 au quotidien Le Monde. Son ambition affichée? «Faire de ce village un Saint-Tropez de la culture. Sans le côté show-biz», clame-t-il sans détour. Mais si les vendeurs se frottent les mains, les habitants demeurés sur place grincent des dents: les prix s’envolent et la concentration de l’immobilier entre les mains d’une seule personne inquiète. Huit ans plus tard, plusieurs initiatives de particuliers ont vu le jour, mais les projets annoncés par Pierre Cardin n’ont pas encore vu le jour. Reste qu’il a sauvé de nombreux bâtiments de la ruine dans la commune.

http://immobilier.lefigaro.fr/article/il-faut-sauver-le-village-de-lacoste_503c74b6-7d61-11e5-8a87-c51b965f8fd5/

http://www.liberation.fr/france/2015/11/06/pierre-cardin-un-village-force_1411897

http://www.laprovence.com/article/edition-vaucluse/4523605/le-savoir-faire-du-luberon-mis-en-valeur-par-les-americains.html

A travers ces deux exemples, on se rend compte que les villages à vendre peuvent retrouver leur lustre, à défaut de l’animation qui fut la leur du temps de leur apogée. Mais ces investissements se révèlent rarement des placements fructueux, comme en témoignent les nombreux biens acquis par Pierre Cardin à Lacoste et qui attendent toujours les artistes, commerçants, restaurateurs ou locataires pour lesquels ils ont été restaurés. Or, si le prestige du couturier et la localisation stratégique de Lacoste n’ont pas suffi à attirer les personnes pour lesquelles ces biens étaient destinés, il pourrait être encore plus difficile de développer des projets similaires dans des régions moins courues par la jet-set et les touristes (Ombrie, Pyrénées, Jura).

Saint-Pierre-de-Frugie

En 2008, Saint-Pierre-de-Frugie était encore l’un de ces innombrables villages français victimes de la désertification, de l’exode rural et du vieillissement de sa population. On n’y croisait pas un chat. Pourtant, moins de 10 ans plus tard, les gens s’y pressent par dizaines dans l’espoir d’y trouver une maison à vendre ! Que s’est-il passé entre temps ? Il s’est passé que le nouveau maire a tout misé sur le bio et l’écologie ! Gros plan sur un retour à la vie qui ne doit rien à la magie !

Gilbert Chabaud a été élu maire de Saint-Pierre-de-Frugie en 2008. Seulement voilà, ce petit village de Dordogne n’avait plus rien à voir avec celui de son enfance. Tous les jeunes étaient partis s’installer en ville pour y trouver du travail et le rectorat avait fermé l’école un an plus tôt, provoquant ainsi la fermeture du dernier commerce du village : le bistro qui préparait les repas de la cantine scolaire…

n résumé, à Saint-Pierre-de-Frugie, à de rares exceptions près, on n’y trouvait plus que des anciens. En conséquence, le village était appelé à mourir à plus à moins long terme.

Mais Gilbert Chabaud ne pouvait pas se résigner à un tel sort. Élu à la tête de sa commune, cet ancien concessionnaire automobile s’est donc creusé la tête et a décidé de tenter le tout pour le tout en misant sur le bio et l’écologie !

Ensuite, la municipalité a décidé la création d’un « jardin partagé ». Une sorte de potager collectif ouvert à tous où chaque habitant est invité à s’initier à la permaculture et à se fournir en fruits et légumes. Résultat : une animation solidaire, écologique et inattendue qui a fini par se faire connaître au delà des frontières de la commune.

Dans un troisième temps, Gilbert Chabaud a voulu profiter du potentiel touristique de sa commune. À ce sujet, voici ce qu’il a confié à l’AFP :

« En améliorant l’environnement, en rachetant les zones humides tout autour de la commune, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire pour l’écotourisme »

Aussitôt dit, aussitôt fait : neuf sentiers de randonnée ont été aménagés dans les environs et tout le petit patrimoine du village a été restauré grâce à des matériaux écologiques !

Résultat ? Eh bien les touristes sont venus ! Il a donc été possible de réaliser la quatrième étape du projet : la construction d’un gîte rural et écologique destiné à accueillir les visiteurs !

Mais ça ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin. Les touristes, aussi écolos soient-ils, ont besoin de se rafraîchir et de se nourrir. En 2013, le village a donc rouvert les portes de son bistro dont la gestion a été confiée à un gérant venu de l’extérieur.

Dans la foulée, le village a même eu droit à l’ouverture d’une épicerie bio alimentée par les agriculteurs de la région !

Retour de l’animation, retour des commerces, arrivée de nouveaux habitants… Il ne restait plus qu’à rouvrir l’école. Et, vu que l’éducation nationale y restait opposée, le maire a soutenu une institutrice qui souhaitait ouvrir une école Montessori. Bonne pioche : non seulement ça  a marché mais, en plus, en une année scolaire seulement, les effectifs ont déjà doublé (l’établissement accueillant désormais 20 élèves) !

Que de chemin parcouru en à peine 8 ans ! Et ça n’est pas terminé !

Véronique Friconnet, elle aussi secrétaire de mairie, s’est également confiée à l’AFP :

« C’est un cercle vertueux. Désormais il ne se passe pas un jour sans que des gens appellent pour nous demander s’il y a des maisons à vendre à Saint-Pierre ».

Le succès de cette transition écologique est tel que le maire entend désormais ouvrir un musée d’un genre original : un musée à l’envers qui envisagera l’avenir plutôt que de raconter le passé !

L’avenir, justement, Gilbert Chabaud l’envisage déjà. Son nouvel objectif ? Un village autonome en énergie !

Cette belle histoire souligne une chose : la transition écologique ne doit pas être vue comme une contrainte à trainer comme un boulet mais bien comme une formidable opportunité d’avenir. La trajectoire étonnante de Saint-Pierre-de-Frugie en est la preuve : les gens sont prêts pour l’écologie. Mieux que ça : ils la plébiscitent !

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20161103.OBS0694/saint-pierre-de-frugie-le-village-des-bobos-bio.html

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/dordogne/st-pierre-frugie-24-17-eleves-rentree-prochaine-ecole-montessori-champs-1284955.html

http://www.lagazettedescommunes.com/471639/dordogne-le-jardin-vertueux-de-saint-pierre-de-frugie-attire-le-grand-public/

Chambonchard

PROMIS depuis 1963 à une disparition totale, le petit village de Chambonchard, dans la Creuse, est désormais en phase de renaissance… Ou plus exactement de résurgence. Car la commune, qui abritait alors une cinquantaine d’habitants, devait être noyée sous plusieurs mètres d’eau, retenue par un barrage construit par l’Etablissement public de la Loire (Epala), acheteur des terrains et des constructions. En 1997, Dominique Voynet, ministre de l’Environnement, annule le projet. Entre-temps, l’endroit avait déjà été déserté, laissant sur place des maisons en ruines dans une agglomération fantôme.

« Nous avons une qualité de vie exceptionnelle »

Les anciens habitants ne sont pas revenus, mais récemment, de nouveaux résidants sont arrivés, tels des « pionniers » décidés à rebâtir et faire revivre la commune. Un centre-bourg remis à neuf a été inauguré le 20 juin, avec parking, éclairage public, terrain de boules et espaces verts.
Le maire, Gérard Rouffet, attend la construction d’un hôtel de ville tandis que l’auberge, elle aussi rouverte, commence à faire le plein de touristes. Désormais, une vingtaine de Chambonchardais occupent leur village, et une dizaine de résidences secondaires ont été édifiées dans les murs rénovés de ce qui ressemblait il y a encore cinq ans à une friche immobilière.

« C’est une renaissance, reconnaît l’élu, avec des gens qui arrivent pour recommencer leur vie, prendre un second départ. Nous espérons revenir à nos anciens effectifs, et pourquoi pas grandir encore car il y a de la place, des maisons vides, des opportunités. » Les propriétaires du lieu, le conseil général de la Creuse et l’Epala, viennent de dépenser 800 000 € dans la rénovation du centre, peaufinant plusieurs projets sur le développement durable. Un parc éolien est dans les cartons, tandis que se poursuivent des recherches géothermiques et géologiques. Même l’église a été consolidée afin d’accueillir de futures ouailles !

« Nous avons repris, en 2007, l’auberge fermée depuis 1994, après avoir revendu notre commerce de traiteur dans le Var, racontent Ghislaine et Rachid Chakir. Nous avons eu le coup de foudre pour Chambonchard, découvert par hasard, et nous avons investi toutes nos économies, mais nous ne le regrettons pas. » Avec 150 000 € le couple rachète donc à l’Epala les bâtiments, puis relance le restaurant qui sert aujourd’hui près de quarante couverts quotidiens, à 12 € l’assiette bien remplie d’une roborative cuisine rurale. Les bonnes raisons de cette aventure ne manquent pas dans le récit enthousiaste des deux émigrés, venus tenter leur chance en terre creusoise. « Nous avons une qualité de vie exceptionnelle, loin de tout mais en fait loin de rien, avec la ville d’Evaux-les-Bains à 7 km, et ses écoles pour nos deux filles. L’histoire du barrage attire les touristes, génère des projets d’installation. Nous voyons revenir à l’auberge les anciens, qui n’habitent plus ici, mais passent casser la croûte ou boire un verre. » Sur la route des vacances, le bourg vaut le détour, avec ses maisonnettes pimpantes, nichées au coeur d’une vallée verdoyante qui a failli devenir un vaste lac… avant d’être finalement sauvée des eaux.

Santo Stefano di Sessanio

Au cœur des Abruzzes, la vie a repris ses droits au village de Santo Stefano di Sessanio. À l’origine du miracle, Daniele Elow Kihlgren, un passionné des vieilles pierres et de l’artisanat local.

Il a suffi d’une virée à moto, par une fin d’après-midi d’été de 1999, puis d’un coup de foudre entre un étudiant en philo et un hameau des Abruzzes. La légende de la renaissance de Santo Stefano di Sessanio était née. De fait, Daniele Elow Kihlgren, jeune héritier italo-suédois d’une famille de maîtres de forge, a véritablement changé le destin de cette vallée déserte, abandonnée au XIXe siècle par des habitants partis pour l’Amérique et des pays frontaliers plus lucratifs.

Avec cinq millions d’euros, il rachète un tiers du village et s’associe à l’architecte local Lelio Oriano Di Zio, qui passe deux ans à retrouver les propriétaires avant d’entamer la restauration de demeures souvent en ruines. L’idée : ouvrir un hôtel disséminé – d’où le nom d’Albergo Diffuso Sextantio – dans des maisons réhabilitées, avec les mêmes matériaux, le même mobilier que jadis. Projet fou, dit-on au village. Mais il faut avouer que le charme de Santo Stefano est puissant : un hameau intact, niché au cœur du Parc National du Gran Sasso et Monti della Laga, à 1 250 mètres d’altitude.

Santo Stefano n’a pas toujours été ce village perdu. Au Moyen Âge, il appartenait à la baronnie de Carapelle puis passa au XVe siècle entre les mains de puissantes familles toscanes, les Piccolomini puis des Médicis dont les armoiries trônent encore à l’entrée du village. Grâce au commerce de la laine en Europe, le bourg devint la place forte de la carfagna, une épaisse laine noire très réputée. Prospère, Santo Stefano s’enrichit d’un patrimoine architectural complexe tout en affinant le savoir-faire de ses tisserands.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? « La laine vient des quelques teinturiers qui subsistent encore dans les Marches. Ici, ces artisans ont disparu », explique la tisserande Assunta Perilli, installée non loin de la savonnerie artisanale et de la tisanerie. Ses linges de toilette de coton blanc et ses couvertures de laines bordées d’une finition au crochet, habillent les chambres de l’hôtel. » Chaque article est un journal intime. J’y laisse toutes mes pensées et suis triste de devoir m’en séparer pour les vendre », confie Assunta, qui a tout appris du métier avec une ancienne de Campotosto, autre village situé à 90 kilomètres.

C’est là tout l’intérêt du projet : l’art du détail au service de l’authenticité. Lorsque cette restauration leur a été confiée, les architectes Di Zio & Clemente se sont attachés à excaver les vo­lumes et les surfaces originales et à en maintenir la fonction première. Les cham­bres resteront des cham­bres et l’âtre de la cheminée, l’âme de chaque lieu occupé. À l’aide de photos d’archives et d’études menées par le Musée ethnographique des Abruzzes, les architectes travaillent avec un archéologue médiéviste. Par souci de confort, la rigueur de la pierre et la pénombre d’habitats moyenâgeux s’allient toutefois à une technologie de pointe. Le carrelage de pierre reste tiède sous la plante des pieds grâce à un chauffage au sol. Minimalistes, les chambres sont équipées d’une cassapanca, bahut contenant le trousseau de la mariée, et d’une madia, meuble en bois qui servait à conserver le pain durant la transhumance.

Côté saveurs, la locanda Sotto gli Archi n’a recours qu’aux produits locaux : l’épeautre, les pois chiches ainsi qu’une va­riété de lentilles protégée par Slow Food. Le chef collabore avec une ethnologue du Musée des Abruzzes, Annunziata Taraschi, qui, dans les villages alentour, collecte les recettes et les tours de main de cette culture orale et pastorale. Ont ainsi été sauvés de l’oubli les gnocchetti aux haricots blancs servis le 24 décembre ! Dans la salle du petit-déjeuner située dans le Palazzo delle Loggette, une desserte en bois supporte quelques tasses et un thermos à café aux lignes design. Au mur, des traces noires de sédimentation de graisse indiquent qu’on y a fait séché, depuis toujours, les tomes de pecorino. Sur ce point, la brochure de Sextantio précise : « La conservation inclut la rétention des traces de vie sédimentées dans les enduits, dans les stratifications des bâtiments [et] renvoient au destin de pauvreté des populations de montagne des Apennins. »

L’aventure de cette albergo diffuso inédite s’est officialisée en 2004, lorsque le Parc National du Gran Sasso et Monti della Laga, la municipalité de Santo Stefano ainsi que la société Sextantio ont signé une charte de principes. Le but : prévenir les constructions de nouveaux édifices dans le village et protéger les environs de développements indésirables. Une première en Italie, souligne Daniele Kihlgren. « Avec la mondialisation, l’atelier de l’artisan est répliqué de la Toscane à la Provence, de San Marino à San Giminiano », dénonce-t-il. Contre les chalets suisses, le vin chaud et les choppes de bière en céramique qui décorent outrageusement tout complexe hôtelier montagnard, le projet Sextantio propose une alternative à la « tyrolisation » ambiante des sommets enneigés européens.

Inauguré en septembre 2005, l’hôtel possède à présent 32 chambres disséminées sur 4 000 m². On rejoint ces habitations par le hasard de venelles pavées. En quelques années, ce patrimoine terriblement romantique a flambé. Les maisons en ruine payées entre 150 € et 400 € le m² par Kihlgren coûtent aujourd’hui 1 400 € le m². Ces dernières années, sept nouveaux restaurants ont ouvert et environ 200 chambres chez l’habitant, dont quelques Bed & Breakfast, ainsi qu’une poignée de boutiques. Là encore, Sextantio espère travailler de concert avec la mairie pour réguler l’octroi des licences et prévenir le village de la pacotille touristique « made in China ».

Le nouveau visage de ces vallons jadis désolés est-il parvenu aux oreilles des Américains, des Canadiens ou Belges d’origine abruzzaise ? « Bien sûr ! », répond Giovanni Pacifico, enfant de Santo Stefano revenu travailler aux côtés de Daniele Kihlgren. « Les clients envoient des nouvelles », expli­que-t-il. Comme cette carte de vœux postée à Noël du Canada, écrite par un certain Chuck, venu découvrir le village de son oncle émigré au tournant du XXe siècle. « Nous avons de la neige ici mais je parie qu’il fait plus rude dans vos montagnes. Mon oncle me disait qu’il faisait si froid dans sa maison qu’il devait briser la glace dans un seau avant de pouvoir se laver. »  Des souvenirs difficiles. Ceux qui ont émigré ne sont pas revenus et gardent une image honteuse de leur vie au village, où il fallait souvent dormir avec les animaux pour se tenir chaud.

Depuis que cette albergo diffuso a vu le jour, Santo Stefano se trouve au cœur d’un processus en marche. Désormais, les Abruz­zes attirent de plus en plus de touristes à haut revenu mais aussi des investisseurs séduits par les bourgs abandonnés regorgeant de richesses méconnues. Les Abruzzes deviendront-ils un Chiantishire, la région du Chianti rebaptisée ainsi par les Anglais, et aujourd’hui inabordable ? À Sextantio, la foi reste inébranlable. Bientôt, le village fonctionnera à l’énergie solaire photovoltaïque. Et depuis 2006, la société s’est associée à de nouveaux partenaires financiers originaires des Abruzzes pour de futurs projets de restauration dans six autres villages des Abruzzes, Molise et Basilicate.

En cette année du 100e anniversaire de la première guerre mondiale où l’on insiste sur le devoir de mémoire, nous avons choisi de vous parler d’un petit village de Corse-du-Sud, de la région de la Cirnaca : le hameau de Muna, rattaché à la commune de Murzu, progressivement abandonné à la suite de la Première Guerre mondiale puis à celle de 39/45. Aujourd’hui, un programme de réhabilitation est en cours pour ce petit hameau de Muna occupé en hiver par deux ou trois habitants.

Les pierres ont toutes une histoire à raconter. Celles du petit village de Muna pourrait en témoigner tant leur vie a abrité des joies, des peines,des souffrances, jusqu’à ce que les voix s’éteignent. Certains pensaient à jamais, et pourtant, aujourd’hui ces pierres riches du passé, gardiennes de l’histoire  sont à nouveau prêtes à entendre les bruits de la vie du quotidien.
Le chemin sera long pour y parvenir, mais toutes les bonnes volontés regroupées autour de l’association « A Munesa » tendent vers ce but.
Dans cette belle région de la Cirnaca, ancienne piève d’Orcino, le village de Muna situé à 8 km de Murzu et à 6 km de Rosazia, sélève sur une pente aride, au pied de la montagne de la Sposata.

Pour s’y rendre, l’idéal est d’emprunter la D81 jusqu’à Sagone, puis la D70 jusqu’à Vico. A la sortie du village, prendre la D23 jusqu’à Murzu. A côté de l’église, à droite, direction Muna. Continuer ensuite sur la D4, par le passage de Bocca à Verghjiu, la route étroite et sinueuse se poursuit sur environ 7 km offrant un spectacle impressionnant avec des falaises qui défilent devant vous.
Au bout, c’est le bonheur assuré. Vous laissez votre voiture face à des boites aux lettres installées en bordure de route.

Construit vers 1740 pour l’exploitation forestière
Le village de Muna a été construit vers 1740 pour permettre l’exploitation forestière. Le bois était acheminé par le fleuve Liamone afin d’être expédié pour la réalisation de traverses de chemin de fer, mâts de bateaux et autres.
Perché à flanc de montagne, le village s’étage au gré des constructions en pierre.
La vie au village était intense, pour s’y rendre ses habitants empruntaient un chemin muletier de plus de 10 km. Muna vivait de ses propres ressources avec ses jardins, oliviers, châtaigniers, arbres fruitiers…
Le  pain se faisait dans des fours dont on peut encore en voir des vestiges. Il  existait également un moulin.
Dans les années 1900, les enfants de Muna ont grandi et sont partis à la guerre. Malheureusement, comme beaucoup d’autres, nombreux sont ceux à être tombés au champ d’honneur durant la guerre 14/18 mais aussi au cours de la seconde guerre et autres théâtres de conflits.
Cette descente vers l’oubli, l’abandon  était inexorable. Les  maisons se sont fermées les unes après les autres, laissant la place au passé
Vers la fin des années 50, début 60, les pierres de Muna ont  cessé de vivre, de chanter de rire…
Jusqu’à cette volonté d’un des descendants des Nivaggioli de s’installer là dans la maison de ses ancêtres et d’une poignée d’irréductibles bien décidés à se regrouper  au sein d’une association «  A Munesa »,  pour redonner vie à ce village abandonné à la particularité d’être construit en escaliers tout en pierre.
Vers la fin des années 1970, le sentier muletier était remplacé par une route goudronnée. C’était le début de cette seconde vie tant espérée.

« L’Omu di Muna »  des frères Vincenti
Souvenez-vous aussi de cette chanson écrite par les frères Vincenti et interprétée par Antoine Ciosi. « L’Omu di Muna » devait faire le tour du monde et œuvrer elle aussi à la renaissance de ce village.
Aujourd’hui donc la vie reprend petit à petit, l’eau a été amenée au pied des maisons, tout près de la source,  une maison est occupée à l’année, l’électricité est pour l’heure alimentée par quelques panneaux solaires.
A côté de l’église du XVII ie avec sa toiture bleue toute refaite, une plaque  « Muna à ses enfants » rappelle le lourd tribut payé lors des guerres par les Nivaggioli et Rossi.
Dans l’église, si la toiture et l’autel sont aujourd’hui en état de recevoir des fidèles, en revanche le presbytère est lui toujours à l’abandon.

A cette époque de l’année, contrairement à l’été on y croise peu de monde, mais ce qui viennent là, le font pour la beauté du site, pour s’imprégner de ces valeurs du passé et rendre hommage à nos ancêtres.
«  Pour moi, c’est un lieu de pèlerinage, à chaque fois que l’occasion m’en ai donnée j ;adore venir me ressourcer là au cœur de ces pierres, de tenter de comprendre et d’imaginer ce que fut la vie de ces ruines. C’est un endroit merveilleux rempli d’émotions » commente une jeune femme originaire de Moselle.
La balade terminée, ce n’est pas sans une note de nostalgie que l’on s’éloigne.

On vous a parlé quelques fois, sur ce blog, de villages abandonnés, comme Mata, Occi ou encore Caracu. De villages magnifiques et vivants, souvent étapes d’une balade. Mais de village en cours de disparition ? Je ne crois pas.

Destination Muna, dans la Cinarca. Un des derniers village à avoir été raccordé à la route en 1974. L’eau potable arrive d’un captage de la source voisine, l’électricité et le téléphone sont les dernières nouveautés, et pas pour toutes les habitations ! Pourtant, il y a au moins 1 habitant à l’année: Le gardien.

En lui même, le village est très beau et mérite que l’on s’y attarde si l’on passe dans le coin. Sans compter que la route, si l’on vient de Sari d’Orcino par exemple, est magnifique ! Dans les ruelles, parfois à demi mangées par les herbes hautes, on découvre des bâtisses à l’abandon et d’autres restaurées, certainement habitées en été.

Si le passé de ce village a été glorieux, on s’attriste de voir l’école fermée, les places vides et ensevelies par les herbes, les cultures abandonnées. Petit à petit, depuis les années 50, les derniers habitants, résignés, ont fermé leur porte pour rejoindre les villages alentours.

Comme à chaque fois, quelque chose d’émouvant s’échappe des maisons ruinées et du combat de ceux qui ne souhaitent pas voir leur village disparaître…

 

À l’initiative de son maire, Riace a décidé, depuis 1998, de s’ouvrir à l’accueil de nombreux réfugiés et migrants. Cette politique a permis à la petite ville de relancer sa démographie.

Italiens et nouveaux arrivants travaillent ensemble dans des ateliers de verrerie, de broderie ou de menuiserie. En toute quiétude.

Célèbre pour ses bronzes du Ve siècle avant J.-C., Riace est aussi devenu un symbole d’humanité et d’accueil. Un exemple de solution pour freiner la désertification rurale… grâce aux migrants.

Pour atteindre ce petit village de Calabre, situé à 300 mètres au-dessus du niveau la mer, il faut emprunter une route tortueuse dans un décor naturel aussi sec que fascinant. Mais dès que l’on dépasse une pancarte indiquant « Riace, cité de l’accueil », on est frappé par les rues fleuries, d’une propreté irréprochable.

Le village s’anime tôt. Dès 7 heures, on entend le braiment de l’âne Bello, compagnon de travail de Daniel, un réfugié ghanéen chargé du ramassage des ordures. Le jeune homme a débarqué à Lampedusa en 2008 et vit à Riace depuis 2009 avec son épouse et leurs deux enfants.

300 Kurdes accueillis à Riace en 1998

L’aîné, 4 ans, a été prénommé Cosimo en l’honneur de l’un des saints patrons du village. Tout sourire, il assure que sa famille vit bien « avec moins de 1 200 € par mois. » Puis, dès que les enfants sont entrés en classe, les parents se regroupent sur la piazza Vittoria, pour papoter. Alors, arrivent les marchands ambulants de poissons, de vêtements ou de quincaillerie. Ils attirent le chaland à grands coups de haut-parleur. Ici, tout est vie !

Pour comprendre la renaissance de Riace, il faut rencontrer Domenico Lucano, 57 ans, maire du village depuis trois mandats. Poignée de main aussi franche que son regard, Mimmo, comme on l’appelle à Riace, déborde d’énergie.

> Relire : Un député allemand accueille des réfugiés érythréens chez lui

« Tout remonte au 1er juillet 1998, lorsqu’un voilier transportant 300 Kurdes s’est échoué sur la côte, à Marina Riace », se souvient-il. Déjà très engagé dans l’humanitaire, il convainc alors la population d’héberger ces migrants. « Nous avons tous au moins un membre de notre famille qui a émigré dans un pays lointain… », souligne-t-il.

Des subventions étatiques pour financer les programmes d’insertion

Un an après ce débarquement inédit, il crée une association, Città Futura, avec l’ambition de repeupler Riace. En réhabilitant les maisons abandonnées pour y loger des migrants et en revalorisant les métiers artisanaux traditionnels. « Le village était passé de 3 000 âmes au début des années 1960, à moins de 900 à la fin des années 1990, s’émeut Mimmo. Les commerces avaient mis la clé sous la porte. L’école aussi. Riace se mourait. »

Aujourd’hui, la population est remontée à 2 100 habitants, dont 400 demandeurs d’asile ou réfugiés. Le plus ancien des réfugiés est un maçon kurde, totalement autonome. « Riace est devenu ma patrie », affirme Baran dans un italien parfait. Grâce au programme de protection des réfugiés et demandeurs d’asile, financé par le ministère de l’intérieur, Riace reçoit 35 € par jour pour chaque adulte et 45 € par mineur. « Les subventions arrivent en retard mais elles sont suffisantes pour réaliser nos projets d’insertion et ne laisser personne sans argent pour ses besoins quotidiens », relève le maire.

> Lire aussi :Explosion des demandes d’asile en Europe

Dès l’âge de 3 ans, les enfants sont scolarisés. Les adultes, eux, suivent trois heures de cours d’italien par jour, durant six mois, au minimum. Ceux qui ont le statut de réfugié peuvent aussi bénéficier d’une formation professionnelle et d’une bourse d’environ 500 € par mois. Les aides publiques ont permis de créer 70 emplois.

« Ici la solidarité est à double sens ! »

Irene, 34 ans, gère l’atelier de verrerie et forme une jeune Érythréenne, Aatifa, qu’elle considère comme une sœur. Au coin d’une ruelle adjacente, on trouve l’atelier de broderie dans lequel travaille Tahira. Cette Afghane, qui vit à Riace avec ses deux filles depuis sept ans, ne parvient pas à s’exprimer en italien. Elle coud et brode avec Caterina, 40 ans. « J’étais sans emploi pendant des années, raconte cette dernière. Ce qu’a fait notre maire est formidable. Ici la solidarité est à double sens ! »

Verrerie, broderie, menuiserie, céramique mais aussi tissage. C’est dans cet atelier, qu’Angela, 32 ans, réalise une nappe en chanvre, sous le regard de Kalkidan, une Éthiopienne de 26 ans. D’une voix douce, cette dernière confie qu’elle se sent « enfin sereine ».

Au milieu de la rue principale on peut aussi rencontrer Salvatore, charmant octogénaire et habitué du bar Gervasi. Ancien agriculteur, il se présente comme un « maestro de tarentelle », la danse traditionnelle, et assure : « Voir tous ces enfants, ces familles, ça m’a rajeuni ! »

Un modèle d’accueil mais aux possibilités d’emploi limitées

Même joie de la part d’Emilia, enseignante d’italien qui dirige une classe de 16 adultes, âgés de 19 à 28 ans : « L’expérience que je vis depuis huit ans m’enrichit humainement. Il y a 22 nationalités différentes dans le village. Toutes savent se faire aimer. Certaines m’appellent maman. Cela me touche d’autant plus que je suis la petite fille d’un homme qui s’est embarqué sur un bateau en 3e classe pour rejoindre l’Argentine. »

Emilia ne nie pas toutefois les difficultés. « J’observe que les Africains ne communiquent pas tous entre eux. Par ailleurs, les niveaux d’instruction sont très divers. Certains ne savent ni lire ni écrire, alors que d’autres ont un diplôme universitaire. »

C’est le cas de Jean, un Camerounais de 25 ans, spécialisé en économie et demandeur de protection humanitaire. Lui se concentre sur l’apprentissage de l’italien « La maîtrise de la langue est indispensable pour reprendre mes études et travailler », juge-t-il.

Recteur de la paroisse de Santa Maria Assunta, le P. Giovanni Coniglio estime que Riace représente un modèle d’accueil dans la dignité. « Nous avons célébré plusieurs baptêmes d’enfants érythréens, ghanéens ou nigérians, avec des Italiens choisis comme parrain ou marraine. L’union va au-delà de la cohabitation. Mais Riace restera un village de Calabre où les possibilités de travail sont limitées. » Reste alors à espérer voir d’autres Riace, en Italie et ailleurs en Europe.

–––––––––––––––

La souffrance physique et morale des demandeurs d’asile

Dans un rapport publié lundi 10 août et réalisé à partir des témoignages de quelque cinq cents demandeurs d’asile à Rome et en Sicile, l’ONG italienne Médecins pour les droits de l’homme (MEDU) montre que ces derniers souffrent de profonds traumatismes physiques et moraux.

Enfermement, privation d’eau et de nourriture, travaux forcés, torture… Les récits mentionnent au moins l’un de ces éléments. Parmi les cent personnes interrogées en Sicile, vingt ont vu un compagnon de voyage mourir dans le désert ou en prison, quinze ont vu un être tué par des policiers, des trafiquants ou des geôliers, et quinze autres ont quant à elles vu un compagnon, pris de panique, se jeter à la mer.

« Le système d’accueil en Europe doit prendre en considération le fait que la vulnérabilité ressentie par les demandeurs d’asile tout au long de leur voyage ne s’arrête pas à leur arrivée », conclut l’association, qui appelle à limiter le nombre de places dans les structures d’accueil à 50 – 80 personnes.

ANNE LE NIR (à Riace)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bussana_Vecchia

 

 

Qui n’a pas rêvé de retrouver le village de son enfance ? Bages, c’est l’histoire de cette nostalgie universelle. Ce hameau de la commune de Pauillac, dans le ­Médoc, s’est progressivement dépeuplé, comme tant d’autres en France, dans la seconde moitié du XXe siècle, jusqu’à n’être plus qu’un village fantôme, soit une dizaine de maisons en ruine. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Or, en 2017, le voilà flambant neuf, redressé de toutes parts autour de sa place centrale, rebaptisée place Desquet, comme le créateur de la Commanderie du Bontemps…

Cette renaissance est un signe fort, pour dire que, ici, le vin est au centre de la vie. Revivre un peu comme autrefois, mais pas tout à fait non plus, car les ouvriers agricoles y étaient très pauvres dans les années 1950. Comme le rappelle Jean-Michel Cazes, à l’origine de cette résurrection, propriétaire, entre autres, du Château Lynch-Bages, président du syndicat viticole de Pauillac et qui venait ici chaque été de son enfance avec ses grands-parents : « Il ne faut pas oublier que le monde du vin a longtemps été misérable. Mais, enfant, c’est là que je courais pieds nus avec les gamins du village. Ma grand-mère habitait à Pauillac, à 1 km, mais elle déménageait chaque année dans notre maison de Bages, avec toutes ses affaires, armes et bagages, et même la Cocotte-Minute, pour plusieurs semaines. C’était une autre époque. »

Propriétaire de tout le hameau

Et puis, à 17 ans, Jean-Michel Cazes part faire ses études à ­Paris. Bages ne revient dans sa vie que bien des années plus tard. Alors qu’il souhaite entreprendre des travaux pour son chai de stockage, au début des années 2000, l’architecte lui fait prendre conscience qu’il possède toutes les maisons du village : chaque fois qu’un habitant quittait Bages, il proposait à la famille Cazes d’acheter leurs ­arpents de vigne avec leurs maisons. « Plutôt que de tout raser, j’ai préféré rénover, raconte Jean-Michel Cazes. Certes, je n’ai pas retrouvé le village comme avant. Mais la vie est revenue, pas seulement avec des touristes, mais aussi avec des gens d’ici. »

En effet, sur les banquettes en moleskine rouge du Café Lavinal (comme Berthe Lavinal, la grand-mère de Jean-Michel ­Cazes), s’attablent étrangers et Médocains voisins. Dans cette brasserie, style années 1930, le chef lyonnais David Favier réussit à créer, autour de sa cuisine de marché, l’ambiance des bouchons de sa ville d’origine. Sur le bar en zinc, un habitué boit son petit noir tandis qu’une table goûte les produits de la région.

La boucherie voisine du café est l’une des seules des environs : agneau de Pauillac, bien sûr, bœuf de Bazas, cochon noir du Pays basque, volailles de ferme, charcuteries maison… Des produits différents de ceux des grandes surfaces qui ont vu le jour ces dernières années à Pauillac, et ont eu raison du boulanger de Bages, qui vendait sa baguette trop cher par rapport à cette concurrence. Il n’y a donc plus de boulanger depuis quelques mois sur la place du village. Ce n’est pas faute d’avoir lutté. « C’était impossible d’être compétitif sur le prix de la ­baguette de pain », précise Jean-Michel Cazes.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-gastronomie/article/2017/06/01/bages-la-renaissance-d-un-village-fantome_5136993_4497540.html#tDqTMI8DRQ8KGlFF.99

Il n’est pas simple de faire revivre un village avec les paramètres contemporains ! Il faut proposer ce que d’autres ne proposent pas. Ainsi, la boutique Bazaar, elle, est dynamique, avec ses objets sélectionnés et surtout sa librairie en mezzanine, consacrée au vin et à la région. Tout l’équilibre de Bages réside entre le charme d’un village d’autrefois et la beauté de sa vie moderne. Ce n’est pas du bluff, pas du toc.

« J’avais été l’un des pionniers du tourisme viticole en créant en 1989 Cordeillan-Bages [Relais & Châteaux], explique Jean-Michel Cazes. Pour Bages, je me suis inspiré de la démarche des chefs cuisiniers Christine et Michel Guérard à Eugénie-les-Bains, qui ont fait de cette bourgade landaise la capitale du bien-être et de la gastronomie, mais aussi du travail de Georges Blanc, à Vonnas, et de celui de Georges Dubœuf, à Romanèche-Thorins. Mais j’ai choisi une voie un peu différente. »

En une dizaine d’années, Bages devient chaque jour un lieu de rencontres grâce au vin. Autour de la place pavée et de la fontaine, d’où jaillit à nouveau de l’eau, des cours de dégustation et de cuisine attirent des centaines d’amateurs venus du monde entier. Pas mal, pour un hameau qui n’a jamais dépassé une vingtaine d’habitants.

 

Revenir à la rubrique :