XVIe siècle : la médecine au carrefour des disciplines

Franck Gintrand

Publié le :

  • 8 avril 2018

Progrès de la médecine et nouvelle image du corps

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The anatomy lesson of Dr Nicolaes Tulp *oil on canvas *169 x 216,5 cm *signed t.c.: Rembrant. ft: 1632

The anatomy lesson of Dr Nicolaes Tulp, 1632

Ce tableau renvoie à tout ce qui agite alors le monde de la connaissance et des savants : le mouvement. Mouvement de l’âme (on dit que Descartes, alors vivant exilé en Hollande est bien présent sur ce tableau donc représenté… dans cette leçon d’anatomie) ; mouvement des planètes (Galilée est en procès au même moment en Italie), mais aussi mouvement du corps…

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Pendant le moyen âge, les médecins établissent leur diagnostic par un examen minutieux du sang, des urines et des selles de leurs patients pour déterminer leur complexion ou l’équilibre des humeurs. Ils pouvent prescrire des médicaments, ou procéder à des saignées pour retirer du sang de diverses parties du corps et rectifier l’équilibre des humeurs.

Si catholique n’a jamais interdit formellement la dissection humaine mais elle reste extrêmement peu pratiquée pendant plusieurs siècles, la dissection ne commence à se démocratiser qu’au XIIIe . En 1543, le médecin André Vésale, premier véritable anatomiste, procède à une dissection publique du corps de Karrer Jakob von Gebweiler, un meurtrier célèbre de la ville de Bâle, en Suisse. Il remet en cause 200 erreurs de Galien. La première dissection publique d’un être humain en Europe centrale est réalisée par le médecin slovaque Ján Jesenský en 1600.

Le XVIe siècle est marqué par la redécouverte de l’anatomie. Parmi les savants qui osent braver le tabou, le plus connu est sans doute André Vésale de l’université de Padoue, auteur en 1543 du De humani corporis fabrica. Dans un amphithéâtre, devant des étudiants venus de l’Europe entière, il pratique de nombreuses dissections sur des suicidés ou des condamnés à mort. Vinci participe à plusieurs autopsies et réalisé de nombreux dessins anatomiques minutieux qui comptent parmi les œuvres majeures de l’anatomie humaine. Un médecin de l’armée française, Ambroise Paré, né en 1510, remet à l’ordre du jour une méthode de l’antiquité grecque, celle de la ligature des vaisseaux sanguins.

Mais quand l’auteur du « Malade imaginaire  » voit le jour, dans le premier quart du XVIIe siècle, la médecine vit encore, pour l’essentiel, sur les acquis des Grecs Hippocrate (460-370 avant J.-C.) et Galien (129-200 après J.-C.). Evidemment, cela date un peu ! S’agissant du sang, si les Anciens avaient bien vu qu’il est « comme un fleuve qui arrose tout le corps » et que, « si ce fleuve est à sec, l’homme est mort « , leurs conceptions du fonctionnement du système sanguin étaient totalement erronées. Ainsi Galien aurait-il été bien surpris d’apprendre que le sang des veines est le même que celui des artères. Il pensait au contraire que le sang veineux avait son origine dans le foie et le sang artériel dans le coeur, ces deux organes, foie et coeur, sécrétant en permanence le précieux liquide destiné à nourrir les autres organes qui le consommaient au fur et à mesure.

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C’est cette conception de Galien qui fera foi quinze siècles durant, jusqu’à ce que William Harvey la remette en cause. Plutôt que de rabâcher toujours les mêmes pseudo-vérités héritées des Anciens, expérimentons et observons, préconisait le philosophe disparu en 1626. Il découvre alors que le sang ne se renouvelle pas en permanence : il se conserve et circule perpétuellement, des organes vers le coeur via le réseau veineux, du coeur aux organes via le réseau artériel – le moteur de cette circulation n’étant autre que le coeur lui-même, qui agit comme une pompe. A Paris, le médecin est traité de « circulator », un jeu de mots perfide puisque ce terme désigne aussi un charlatan en latin. Un de ces défenseurs forcenés de la tradition s’écrie même : « Je préfère me tromper avec Galien que de suivre, dans sa circulation, un charlatan comme Harvey ! « 

Si la découverte de Harvey suscita une telle levée de boucliers, c’est en partie parce qu’elle était le premier coup porté à ce qui était la base même de la médecine antique : la théorie des humeurs. Tout au long du Moyen Age et au-delà perdura la croyance en une stricte correspondance entre microcosme et macrocosme : le corps humain reproduisait, à échelle réduite, l’ordonnancement observé dans le cosmos. Quand les saisons variaient, tel ou tel élément prédominait. Ainsi en hiver, les maladies pituiteuses qui sont caractéristiques de cette saison : rhumes et bronchites avec expectoration de phlegme. Au printemps, quand la saison encore humide se réchauffe, c’est le tour du sang, avec le risque de maladies hémorragiques. L’été chaud et sec échauffe la bile et aggrave les affections bilieuses et les fièvres. L’automne, sec et froid, favorise l’atrabile et la mélancolie. Cette connaissance des saisons est importante pour le médecin qui doit s’en souvenir lors du diagnostic et de l’élaboration d’un traitement.Ainsi un tempérament plutôt sanguin n’est plus le même au printemps ou en été, en automne ou en hiver. Chaque saison correspondant à un élément : printemps – l’air / été – le feu / automne – la terre / hiver – l’eau. Il en concluait que les gens avaient un tempérament sanguin au printemps et flegmatique en hiver…

Médecine et alchimie

Médecine interdite : l’alchimie

Médecine et astrologie

A partir du XIIe siècle, la médecine, l’astrologie et l’alchimie entretiennent des relations étroites et complexes.

L’astrologie fait partie de la culture populaire. Le paysan est un observateur attentif du ciel. Les saisons et les lunaisons (semailles, récolte, taille des arbres..) rythment  son quotidien. Proverbes, dictons agricoles, adages médicaux pérennisent ces croyances d’une génération à l’autre.

Ce n’est pas sans raison que le médecin s’intéresse à l’astrologie. Elle lui permet de comprendre les effets qu’exerce un ciel toujours changeant sur l’état de son patient.. L“ homme zodiacal ” associe les signes du Zodiaque aux principales parties du corps : tête / Bélier, cou / Taureau, bras / Gémeaux, poitrine / Cancer , région du cœur / Lion, abdomen / Vierge, bas-ventre / Balance, organes génitaux / Scorpion, cuisses / Sagittaire, genoux / Capricorne, jambes / Verseau, pieds / Poissons. On considère que les planètes ont un effet physiologique sur les principaux organes : le Soleil, comme il se doit, sur le cœur, la Lune sur cerveau, Mercure sur la vessie, Vénus sur les testicules, Mars sur les reins, Jupiter sur le foie et Saturne sur l’estomac… ). L’équilibre des humeurs varie en fonction de l’âge mais aussi des saisons. La présence de certains astres dans le ciel a des effets bénéfiques (la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Jupiter) ou maléfiques (Mars, Saturne). Lorsque la maladie frappe, il n’est pas à exclure que le déséquilibre humoral soit lié à l’interférence négative d’une planète sur le tempérament particulier du patient.

L’astrologie, basée sur l’interprétation symbolique, à des fins prédictives et médicales inspire comme l’alchimie un certain nombre de préventions. Elle va à l’encontre d’une séparation nette entre le ciel organisé de façon parfaite et la terre dominée par le péché originel. On lui reproche également de contredire la théorie du salut. Comment l’homme pourrait-il choisir entre la sainteté ou le péché, s’il est soumis à l’implacable pouvoir des astres ?

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