Le rêve inaccompli de la maison en série

Franck Gintrand

Publié le :

  • 22 février 2018

L’idée de la maison préfabriquée assemblée en usine a une longue histoire. Une histoire régulièrement ponctuée par des échecs commerciaux dans le monde occidental. Et pourtant, la préfabrication est la promesse d’une meilleure qualité, d’une réduction des coûts et d’une personnalisation de l’habitat. Alors qu’est-ce qui ne marche pas ?

Au XIXe siècle

La préfabrication est favorisée par l’essor des serres et du jardinage. Le Crystal Palace est probablement le premier bâtiment d’importance entièrement préfabriqué.

La préfabrication est favorisée à la colonisation des terres lointaines, dès le XVIIIe siècle. Les premières maisons préfabriquées sont conçues pour permettre une installation rapide des colons. Elles sont faciles à transporter et peuvent être assemblée en un temps record.

La préfabrication est également soutenue par le développement des résidences secondaires voire principales en banlieue. Popularisé par la mode de la montagne, les premiers chalets préfabriqués sont l’invention des fabricants de parquets. Ces artisans sont rompus aux techniques de découpage du bois et d’ajustement des planches tirent profit de l’invention de la scie à ruban. En 1867, un fabricant propose un chalet en kit qui se monte avec l’aide de crochets, de boulons et de rainures. Pour faire sa publicité, un fabricant monte gracieusement le chalet-restaurant du bois de Boulogne situé sur l’île du lac.

Si Michelet dénonce ces maisonnettes de carton, l’engouement est général. Offrant un modèle accessible de résidence secondaire, les chalets se multiplient dans le bois de Boulogne et la forêt du Vésinet avant d’ essaimer toute la banlieue, par exemple à Passy dont la population est multipliée par quatre. Le succès est tel qu’un journaliste voit en eux une alternative à l’architecture de pierre.

La maison de fer longtemps attribuée par erreur à Gustave Eiffel (l’ingénieur projetant de vendre un modèle de ce genre à travers le monde) est en réalité due à l’ingénieur belge Joseph Danly.

Elle est composée d’armatures et de plaques de tôles embouties.

L’enjeu de la cité ouvrière moderne

La cité de Frugès du Corbusier recourt au concept « Dom-ino » (dom pour domus et ino pour innovation). Cette ossature poteaux poutres a été imaginée dès 1914 par Le Corbusier pour rebâtir rapidement les premières villes détruites par la guerre. Le module standard sert de base à cinq types différents de maisons.

Les « arcades » sont des maisons en bande reliées entre elles par une arche.

Les « jumelles » se tournent le dos sur deux niveau, Les « gratte-ciel »  optent pour le même principe sur trois niveaux.

Les « quinconces » et « zig-zag » regroupées par six, cinq ou trois, sont située alternativement côté jardin et côté rue.

Après la seconde guerre mondiale

Mais il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que les gouvernements lancent des programmes de logements abordables.

En matière d’habitat collectif, deux projets font date. Le premier voit le jour à Tokyo, le second à Montréal.

Véritable jeu de Lego géant, la Capsule Tower fut érigée en plein cœur du quartier Ginza, à Tokyo. Kurokawa mit au point une technologie qui permettait d’insérer les « capsules d’habitation » à même un noyau porteur en béton. Chaque unité pouvait être détachée de l’ensemble afin d’être remplacée. Une capsule tenait lieu d’appartement ou de studio et pouvait même être raccordée à une autre afin de loger une famille entière. Ces fameuses capsules avaient été assemblées en usine, livrées sur le chantier et fixées, au moyen d’une grue, au noyau en béton.

A Montréal, Moshe Safdie, conçoit un assemblage de blocs modulaires imbriqués les uns aux autres. Le toit d’un logement servant de terrasse au logement voisin et ainsi de suite, épuisant toutes les possibilités d’une combinatoire tirant profit d’un total de 354 modules en béton préfabriqué. Habitat 67 représente un des fleurons de l’architecture moderne de Montréal.

Premières constructions en série à Palm Springs

C’est en 1956 qu’Alexander Construction Company entre en action à Palm Springs en commençant par l’hôtel Ocotillo Lodge. En 1957, la production à grande échelle des maisons unifamiliales Alexander (la plupart avec piscines privées) a commencé à Palm Springs dans le quartier de Twin Palms Estates, au sud de l’Ocotillo Lodge. Les maisons faisaient en moyenne 200 m2 dans le quartier de Las Palmas.

Les maisons Alexander présentaient toutes une construction poteaux / poutres, des plans d’étage ouverts et des plafond à poutres apparentes. Les acquéreurs pouvaient personnaliser ce modèle de base grâce à un jeu de variantes portant sur les lignes de toit (plates, inclinées ou en forme de papillon), sur l’orientation de la construction ou encore sur les apparences de la façade (finition en bois bicolore, brique à motifs, pierre naturelle ou bloc de béton décoratif). Les piscines pouvaient être de forme rectangulaire ou de forme libre. Les maisons se sont vendues aussi vite qu’elles ont été construites et les lotissements des Alexanders éclipsèrent les quartiers de style colonial.

En 1962, les architectes Donald Wexler et Ric Harrison ont introduit un nouveau système tout acier pour la préfabrication de maisons abordables adaptées au désert.  Le projet a été parrainé par US Steel, le constructeur était l’Alexander Construction Company.

Le projet avorté des maisons d’acier

Les maisons étaient principalement composées d’acier et de verre. Les composants conçus à l’origine pour la construction rapide de salles de classe ont servit pour construire des maisons pour la classe moyenne.

Le noyau central de la maison comprenait la cuisine, deux salles de bain, une buanderie, un couloir central et un local technique. Les pièces extérieures ont ensuite été assemblées autour du noyau à l’aide des panneaux d’acier préfabriqués et verrouillés à une dalle de béton. Le toit, également en acier léger. Les maisons en acier étaient prévues pour résister à la chaleur et aux tremblements de terre.

Les trois premières des sept maisons (les modèles) ont été commencées à la fin de 1961 et ouvertes au public en mars de 1962, évaluées entre 13 000 $ et 17 000 $. Le projet de 38 maisons entièrement en acier n’a jamais vu le jour car peu de temps après son lancement le prix de l’acier a augmenté. En savoir +

La maison Phenix

Dans les années 1950 Maisons Phénix, dirigée par son fondateur le polytechnicien Roger Boutteville, met sur le marché des pavillons à charpente métallique fabriqués industriellement. En 60 ans, l’entreprise a conçu 4 000 modèles différents, dont les ventes cumulées s’élèvent à 240 000 exemplaires. En 2005, Maisons Phénix fait appel à Jacques Ferrier pour concevoir une nouvelle génération de maisons. L’architecte conçoit un prototype, la Phénix Concept House

La maison Ikea

Après la Suède, la Norvège et le Danemark, où plus de 3 500 logements sont déjà sortis de terre, les premières résidences préfabriquées du géant suédois de l’ameublement ont été inaugurées à Gateshead, dans le nord-est de l’Angleterre. La première tranche porte sur 36 logements. 84 autres doivent suivre, avec l’objectif de livrer 500 habitations par an d’ici 2009. Le système constructif, baptisé BoKlok (« bien vivre »), utilise largement le bois et la préfabrication en usine, avec des adaptations de style selon les pays. Les prix aussi varient. En Grande-Bretagne, il faudra débourser 130 000 euros pour un studio, 200 000 euros pour une maison avec trois chambres. La firme suédoise veut donner la priorité aux ménages à faibles revenus. Elle a conclu un partenariat, en Grande-Bretagne, avec une association spécialisée dans le logement social, Home Group.

La maison Starck

P.A.T.H.(« Prefabricated Accessible Technological Homes ») est la Rolls-Royce de la maison préfabriquée industrielle. Starck s’est associé à Riko, un fabricant slovène qui se pose depuis plusieurs décennies comme l’expert absolu en la matière. Décliné en deux modèles de base (la Formentera et la Monfort), le client peut totalement la personnaliser en choisissant la teneur des matériaux et aussi la forme : sa composition en modules offre une latitude de possibilités de 34 modèles différents ! Ces super-maisons coûtent entre 2 500 et 4 500 euros du mètre carré.

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