Val-d’Europe, la ville selon Disney

Franck Gintrand

Publié le :

  • 11 novembre 2017

Parachuté il y a vingt ans au milieu des champs bordés par cinq villages briards, Euro Disney a créé en vingt ans le Val-d’Europe, une ville nouvelle aujourd’hui peuplée de 30000 habitants.

«Disney, Go Home! » On est en 1989, des banderoles hostiles et des jets d’œufs accueillent les promoteurs d’Eurodisneyland. Dans les cinq villages impactés, on ne comprend pas le sacrifice de généreuses terres agricoles au géant américain des loisirs. Mais Disney préfère la Brie à Barcelone (Espagne). Si le ciel y est moins souvent bleu, on est à une heure d’avion des principales capitales européennes et à 40 km de Paris, première destination touristique mondiale.
L’Etat y voit une chance inespérée. Embourbé à Bussy-Saint-Georges, Epamarne, l’aménageur de Marne-la-Vallée, ne parvient pas à développer ces Portes de la Brie, le secteur IV prévu pour loger des centaines de milliers de Franciliens. « Notre tutelle nous avait même demandé de revendre les terrains », se souvient Bertrand Housset, directeur jusqu’en décembre d’Epamarne. L’aménageur vient aussi d’essuyer l’échec d’un premier projet de parc à thème à Champs-sur-Marne. « Il s’agissait de recréer les parcs parisiens des XVIIIe et XIXe siècles avec manèges, spectacles et cafés. Nous étions allés loin dans le projet, avec un livre blanc et un débat public, poursuit Bertrand Housset. Quand Disney est arrivé, nous avions conscience des opportunités pour l’emploi et le développement du secteur. »
Après deux ans de négociations, en 1987, l’Etat signe une convention avec la Walt Disney Company. Sa nouvelle filiale française, Euro Disney, obtient près de 2 000 ha des agriculteurs expropriés dans les cinq communes. Dès 1992, naissent une destination touristique mais aussi un « pôle urbain » baptisé Val-d’Europe.
« Un jour, le maire de Magny débarque chez moi affolé, m’expliquant qu’il est convoqué à Matignon pour la signature de la convention. Nous avions eu vent des velléités d’Euro Disney mais nous avions été tenus à l’écart des négociations », raconte Jean-Paul Balcou, actuel président du SAN du Val-d’Europe. « Passé le premier choc, nous avons décidé d’agir en refusant les permis de construire ou en ne siégeant pas en commission pour ralentir les projets », raconte Patrick Gueguen, élu à Serris. « Le staff américain nous prenait de haut, avec arrogance. Progressivement, ils ont compris que personne ne peut déroger au droit français », sourit Jean-Paul Balcou. « Nous avions un intérêt commun : développer un pôle urbain autour des parcs et maîtriser l’environnement direct », souligne Francis Borezée, en charge de l’immobilier chez Euro Disney. « Les craintes ont commencé à disparaître quand les gens ont eu accès à de nouveaux services : commerces, écoles, médecins, gares. »
Vingt ans plus tard, Val-d’Europe est un ensemble urbain de 30 000 habitants. « C’est le plus abouti des secteurs de Marne-la-Vallée. Parce que très exigeant, Euro Disney a été le moteur de cette réussite », estime Bertrand Housset. Mais si le territoire n’est qu’à mi-chemin de sa croissance, avec une dette moyenne de 7500 € par habitant, le manque de financement risque de ralentir les projets et la population se plaint de plusieurs années déjà de problèmes de transports en commun et d’heures de pointe difficiles sur les routes (lire ci-contre). Des solutions sont urgentes d’autant qu’à l’horizon 2030, Val-d’Europe devrait compter 60 000 habitants, un hôpital public, une université, un centre des congrès, une nouvelle destination de vacances, Villages Nature, et peut-être le troisième parc Disneyland Paris!
EuroDisney a cédé le terrain de Val dEurope en 2010 pour la somme de 47 millions d’€ a un groupement immobilier
Val d Europe est entouré de Chessy , Serris , Magny le Hongre et Bailly Romainvillier. 4 villages dont les nouvelles constructions on toutes une architecture qui rappelle Disney. Le centre commercial est magnifique et le village shopping extraordinaire. 3 années passé à Serris inoubliable.
en France, la ville est Serris, juste à coté du Val d’Europe et pour le coup, cela ressemble un peu à une ville peripherique aux grandes villes americaines. Perso, je l’ai trouvé plutôt sympa..
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Le principe qu’une entreprise régisse l’aménagement urbain d’une poignée de communes est déjà assez fascinant. Des quelques règles à respecter pour bien présenter sa maison aux tractations politiques que peut engendrer le projet d’intérêt général qu’est la convention de 1987, le cas de l’installation de Disneyland à Marne-la Vallée est intéressant à plusieurs égards. Il y a pas mal de littérature dessus d’ailleurs – je ne vais pas vous la conseiller, je ne l’ai pas lu. Mais ce qu’on documente moins, c’est la marque que laisse l’entreprise sur le quotidien des gens, sur leur parcours, leurs relations.

L’opportunité économique est réelle. Sans Disney, mes parents n’auraient probablement pas eu l’occasion d’ouvrir leur petit commerce, et s’il tourne au ralenti, ce n’est pas tant dû à Mickey qu’à d’autres facteurs. La souris aide, c’est une manne économique. Mais Disney phagocyte tout. On surconsomme à outrance le parc, ses divertissements, on bouffe jusqu’à la moelle tout le plaisir qui peut s’en dégager jusqu’à rester avec un goût amer dans la bouche, et qu’on se rende compte qu’on est loin. Ni les moins bien, ni les mieux lotis. « Je ne savais pas ce qu’était le vrai malheur avant de connaître nos banlieues froides » écrivait Camus. Loin, là-bas, à la frontière, la mienne n’a que l’apparence de la chaleur accueillante. À force, ça devient triste, comme un jeu pour enfants.

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