Jésus rebelle et agitateur ?

Franck Gintrand

Publié le :

  • 11 octobre 2017

Même si rien n’est dit très explicitement dans trois évangiles sur quatre, les grands prêtres veulent faire passer Jésus pour un dangereux agitateur. Or si Jésus avait constitué une menace pour Rome, Ponce Pilate en aurait été forcément informé et il n’aurait pas hésité à le faire arrêté et condamné. C’est pourtant le contraire qui se produit. Selon les évangiles, Pilate hésite. Une telle attitude est crédible. Jésus ne s’en prend pas – ou en tout cas, pas directement – au pouvoir romain. Il n’appelle ni au refus de l’impôt, ni à l’insurrection contre l’occupant. Si comme le suggèrent Jérome Prieur et Gérard Mordillat, Jésus se fait arrêter au Temple et comparait directement devant les Romains (sans même éventuellement passer par la case du Conseil religieux), il ne s’est rendu coupable que d’une atteinte à l’ordre public. En aucun cas d’un appel à la révolte. Quel est donc le chef d’accusation ?

La principale préoccupation de Pilate semble être de savoir si Jésus se considère comme le roi des Juifs. Comme pour le Sanhédrin, la question de l’identité de Jésus semble plus importante que ses intentions et ses actes. Reste que la question est formulée de façon étonnante. Au lieu de demander à Jésus “es-tu le roi des Juifs”, il aurait été plus logique que Pilate lui demande “est-il vrai que tu te prétends le roi des Juifs ?” En optant pour la première solution, Pilate admet que ce titre puisse correspondre à une réalité. C’est d’ailleurs ce chef d’accusation qui figurera  sur la croix et que les religieux, selon Saint Jean, tenteront en vain de faire remplacer par “Je suis le roi des Juifs”. Il est vrai que la nuance est primordiale. Si les religieux souhaitent faire passer Jésus pour un dangereux illuminé se prenant pour le roi des Juifs, Pilate prend, lui, la décision d’exécuter le roi des Juifs. Et il le fait malgré le peu de sérieux qu’il prête à ce titre.  Durant le procès, il l’utilise avec une pointe d’ironie. Et il ne semble pas mériter la mort puisque Pilate interpelle la foule en lui demandant : “…” Et pourtant…

Deux raisons sont avancées par les Evangélistes pour expliquer cette anomalie.

Selon Saint Jean, Pilate est un fin politique qui utilise le procès et la condamnation de Jésus pour contraindre les religieux à se soumettre publiquement à l’autorité de Rome et dissuader toute tentative de rebellion. Selon cette interprétation, Jésus n’est qu’un pion dans un jeu de pouvoir qui le dépasse largement. Le face à face de Pilate et des dignitaires tourne au jeu du “à malin, malin et demi”. Ceux qui pensaient pouvoir manipuler le romain se trouvent finalement instrumentalisés par celui-ci. Et Pilate porte au moins que les religieux la responsabilité de la mort du Christ. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette interprétation valorise Pilate au détriment de Jésus et fait porter l’essentiel de la mort du Christ au romain.

Telle n’est logiquement pas la version retenue par les trois autres Evangiles qui n’ont de cesse de démontrer que le mise à mort prononcée par Pilate se fait sous la pression des religieux.

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