Pourquoi Judas livre-t-il Jésus ?

Franck Gintrand

Publié le :

  • 11 octobre 2017

Dans la tradition chrétienne Judas est l’auteur d’une trahison impardonnable et par la signification commune de son nom (judaeus, soit juif en latin) la trahison de tout un peuple. Une coïncidence troublante si l’on se réfère à la portée antisémite du Christianisme. Ajouté au fait que Judas était avec Simon le seul Judéen parmi les douze apôtres et que Paul n’en parle pas, on a pu croire que que le personnage était fictif. Cela dit, la dimension antisémite du christianisme n’avait pas besoin de Judas pour exister et, au regard de nombreux experts, cela semble peu probable que Judas ait été purement et simplement inventé.

Admettons que Judas  ait existé et qu’il ait livré Jésus à la milice des religieux. Reste la question de savoir pourquoi.

L’hypothèse de la trahison

La trahison est l’hypothèse la plus couramment retenue, celle qui alimente l’antisémitisme du Christianisme. Mais cette hypothèse ne fait que déplacer la question : pourquoi Judas aurait-il trahi Jésus ?

La cupidité. C’est la raison évoquée par Marc et Luc. Matthieu est plus précis: Judas aurait obtenu exactement trente pièces d’argent mais certains jugent ce montant est insignifiant. Qui plus est, il était en charge de la bourse commune, ce qui prouve qu’il bénéficiait de la confiance de tous.

Le ressentiment, la jalousie. Mais dans ce cas, pourquoi Judas n’a-t-il pas été témoigné contre lui lors du procès ? D’autant plus que les juges eurent du mal à trouver deux témoins : « Quant aux grands prêtres et tout le sanhédrin, ils cherchaient un témoignage contre Jésus, pour le faire mourir, et ils n’en trouvaient pas. »

La divergence de fond. Cette possible divergence apparait en pointillé dans un échange entre Jésus et Judas qui préférerait que l’argent dépensé pour du parfum soit donné aux pauvres. Cela pourrait expliquer que Judas n’ait pas témoigné contre lui lors du procès.

L’espoir. En tant que zélote, Judas pense que c’est la meilleure façon de contraindre Jésus à révéler sa nature messianique. Une explication qui n’est pas si éloignée de celle que fournit Pierre : « il fallait, dit-il dans les Actes des apôtres, que s’accomplisse ce que l’esprit saint avait annoncé dans les écritures par la bouche de David à propos de Judas devenu le guide de ceux qui ont arrêté Jésus ». Selon Matthieu, Jésus n’aurait-il pas dit « Mais tout cela est arrivé afin que les écrits des prophètes soient accomplis » ?

L’évangile de Judas  reprend cette thèse. Le texte, rédigé en copte à la fin du IIe siècle probablement par les Gnostiques, une secte chrétienne hérétique qui disparut vers le IIIe siècle, et publié seulement en 2006, met en cène Jésus s’entretenant avec Juda. Il le choisit pour être le disciple par lequel s’accomplira le plan divin : « toi tu les [les autres disciples] surpasseras tous ! Car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle. »

« J’imaginais la déception de Judas quand il constata que c’était bien du sang qui coulait des blessures de Jésus, des larmes qui coulaient sur ses joues, des mouches qui volaient autour de ses jambes souillées par l’urine et les excréments. Cette vision d’horreur anéantit la raison de vivre de Judas. Il rentra chez lui où il trouva la corde pour se pendre… »

L’hypothèse d’une décision commune

La milice n’avait pas besoin de Judas pour arrêter le Christ et pour l’identifier. Jésus le dit lui-même : les occasions ne manquaient pas. Sauf à imaginer que les autorités religieuses aient préféré attendre la nuit pour ne pas créer de désordre. Dans ce cas, il fallait effectivement savoir où il se trouvait et le reconnaitre à coup sûr dans la pénombre. On peut estimer, dans ce cas, que l’intervention de Judas était nécessaire.

Le verbe utilisé par les évangélistes décrit une action sans porter de jugement moral : Judas livre Jésus, il ne le trahit pas. Son acte permet à l’histoire de s’accomplir. Et si Judas livrait Jésus à sa demande ? Plutôt que de se livrer lui-même en ville, celui-ci choisit la symbolique du mont des Oliviers où il attend Judas et la troupe. Dans l’ancien testament, le mont des Oliviers est le lieu de la fin des temps. Lors de la conjuration de son troisième fils, le roi David le gravit en pleur pour invoquer Dieu. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le conseiller de son fils et Judas décident tous les deux de se suicider, qui plus est de la même manière : en se pendant.

 

 

https://www.chemins-cathares.eu/030200_judas_iscariote.php

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