Vent de déprime sur la grande distribution

Franck Gintrand

Publié le :

  • 8 octobre 2017

Face à des hypers toujours dominants mais passés de mode, les centres commerciaux ont le vent en poupe. Leur recette : coupler le modèle de la très grande surface à celui de la boutiques traditionnelles pour allier l’achat plaisir aux achats de première nécessité.

L’hyper en quête d’un second souffle 

D’abord tordons le coup à une idée reçue : en dépit des difficultés, la disparition des grandes surfaces n’est pas pour demain. En 2011, les Français y faisaient même plus de 70% de leurs dépenses alimentaires alors qu’ils n’étaient que 14,9% à faire ces achats dans les commerces de détail spécialisés, comme les boulangeries, boucheries ou épiceries. Les volumes commandés aux producteurs ont permis de faire baisser les prix de détail par rapport aux prix pratiqués par le commerce traditionnel, et donc de faire gagner aux ménages du pouvoir d’achat. C’est ainsi que la part du budget des ménages consacrée à l’alimentaire est passée de 35 % dans les années 1970 à 17 % pour 2010. A lui seul, l’argument du prix continue de vaincre bien des résistances.

Car le plaisir  n’y est plus. Cinquante ans après l’ouverture du premier carrefour, la sortie du samedi en hyper, derrière le caddie, ne fait plus rêver. C’est même souvent devenu la « corvée du week end ». Epuisés par une terrible guerre des prix, l’alimentaire qui constituait voici quelques années encore le cœur d’activité des hypers ne dégage plus des marges suffisantes. Le Carrefour de Villiers-en-Bière, en région parisienne, d’une surface de 25 000 mètres carrés, perd l’argent. En 2015, il affichait 173 mllions d’euros contre plus de 230 millions d’euros de CA en 2008. Non seulement le non-alimentaire ne fait pas recette mais à force de négocier le bout de gras avec les producteurs, les commerciaux en sont réduits à rogner l’os. Il y a bien sûr toujours la possibilité d’acheter à l’étranger à moindre coût mais chacun est bien conscient que cette course effrénée au prix finira par trouver ses limites.

Passé un certain seuil, la taille n’offre plus d’avantage compétitif. Elle n’est plus garante de rentabilité. Le paquebot de Villiers-en Bière n’est que le vingt-et-unième hyper du pays (et le huitième chez Carrefour). Le plus grand hypermarché Leclerc ne pointe qu’en 25ème position. Et en un an, le Top 100 des hypermarchés a perdu près de 210 millions d’euros, soit l’équivalent des ventes de l’un des dix premiers hypers français.

Pour regagner en compétitivité, les distributeurs n’ont pas eu d’autre choix que d’opérer un vaste regroupement de leur centrale d’achat. En moins de deux ans, Système U et Auchan, Casino et Intermarché, Carrefour et Cora, puis Leclerc et l’allemand Rewe ont ainsi rapproché leurs équipes commerciales. Du jamais-vu dans l’histoire de la grande distribution française. Mais la concentration des acteurs ne suffira pas à enrayer la lente érosion de leurs revenus. La concurrence commence à se durcir sur le créneau jusqu’à présent très rentable des supermarchés de centres-villes métropolitains. Quant aux « drive », leur fonctionnement coûtent cher et rien ne dit qu’ils puissent devenir un jour rentable. Pour la première fois, un drive a d’ailleurs fermé sur Toulouse en novembre 2016.

 

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