La France réticente face à la modernité

Franck Gintrand

Publié le :

  • 8 octobre 2017

Le style Beaux-Arts est issu en droite ligne du style Napoléon III, mais caractérise avant tout, les réalisations architecturales du début de la Troisième République. Ce style mêle les styles néoclassique, néorenaissance, néobaroque, voire néoroman et néobyzantin, se caractérise par la profusion des détails architectonique, une conception monumentale et grandiose. La concurrence du style Art nouveau se révèle très marginale autour de 1900. À Paris, les grandes réalisations de Victor Baltard (comme les Pavillons des Halles ou l’Église Saint-Augustin) de même que l’architecture en fer de la fin du XIXe siècle, comme le Grand Palais ou le pont Alexandre-III de Paris, témoignent du succès persistant de l’éclectisme fin de siècle. Arrivent en 1918 l’Art déco et ses suites et une nouvelle génération des Auguste Perret, Robert Mallet-Stevens ou Le Corbusier, concurremment avec l’influence du Bauhaus, qui s’inscrivent explicitement en rupture avec l’esthétique Beaux-arts, considérée comme insupportablement démodée et n’ayant pas l’excuse de la fonctionnalité.

En France, le soutien d’une certaine élite pallie en partie – mais en partie seulement – le conservatisme dominant de l’Académie. Alors que les industriels allemands suivent Gropius et que les villes de Weimar, puis de Dessau, lui permettent de créer le Bahaus; alors que la municipalité socialiste de Vienne encourage les expériences de logements des architectes autrichiens; alors que des municipalités hollandaises prennent des options sur les architectes du Stijl, l’architecture française ne fait l’objet d’aucun grand programme. L’Académie réussit à éliminer tous les projets modernes au concours pour le palais de la SDN. Le Corbusier travaille essentiellement grâce à quelques clients mécènes : Gabriel Voisin, le constructeur d’avion et de voiture, finance son plan de Paris et  la construction du pavillon de « L’esprit nouveau », l’industriel Henri Frugès lui commande la même année  la cité ouvrière de Pessac. Ainsi que le souligne Michel Ragon, « pour se faire entendre en France, il fallait crier très fort. » Le drame du Corbusier c’est que croyant en l’autorité de l’Etat et aux vertus de l’industrie, il n’a jamais intéressé celle-ci ni obtenu la reconnaissance de celui-là, avant l’unité d’habitation de Marseille, avant Chandigarh.

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