La fin du faire-valoir féminin selon Emma Peel

Franck Gintrand

Publié le :

  • 10 septembre 2017

Entre Emma et John, l’égalité homme/femme va de soi. Pas seulement parce qu’Emma peut sauver John et qu’elle y réussit chaque fois. Mais parce que l’égalité entre les deux partenaires repose, paradoxalement, sur le statut d’Emma qui, à la différence de Catherine Gale, de Tara King et de Purdey, est une femme mariée.

La relation d’Emma avec John n’a donc rien d’exclusif et c’est bien ce qui la fait reposer sur une quasi symétrie. En fait, Emma n’a rien à envier à John. Ni l’humour, ni le charme. Ni les capacités intellectuelles, les aptitudes physiques ou le maniement des armes même si elle préfère le jiu-jitsu. Avec elle, la moindre bagarre se transforme en chorégraphie. Cette symétrie quasi parfaite permet la réversibilité des rôles et achève même dans certains épisodes dé-sexualiser la relation.

Une femme au volant

Tandis que Steed cultive le flegme et la retenue, Emma use et abuse de la séduction pour manipuler et tourner en dérision des hommes qui ne demandent qu’à y croire, s’autorise des allusions à double sens et enchaine les tenues suggestives, voire provocantes. Un jeu qu’elle pratique pour le plaisir avec Steed qui s’y prête volontiers. En tout bien, tout humour, évidemment. Mais Emma va plus loin, elle conduit son partenaire. Le plus souvent en fin d’épisode. Ce qui ne déplait pas à Steed assis sur le porte-bagage d’un scooter ou installé dans la partie passager d’un side-car. Un clin d’oeil au fameux « repos du guerrier » après l’ultime bataille, quitte à ce que dans un canoë, ce soit Emma qui pagaie pendant que Steed la guide.

Une femme libérée

Si Steed se garde bien de verser dans un machisme qui consisterait à en dire un mot, les tenues de sa partenaire sont non seulement élégantes et modernes mais aussi seyantes et sexy. La combinaison en cuir d’Emma – que Diana Rigg aurait elle-même conçu mais dont elle critiquera l’inconfort – est sans doute la plus osée en renvoyant ouvertement à un univers sado-masochisme qui la condamne régulièrement à subir les pires sévices, ficelée sur des rails, vendue aux enchères, réduite en esclavage dans un harem, menacée d’être torturée au fer rouge ou découpée en morceaux. Parmi les  cinq épisodes de la série censurés aux États-Unis, on se souvient notamment du sulfureux Club de l’Enfer, épisode 21 de la saison 4, où Emma Peel, métamorphosée en une hallucinante reine des péchés, agite le fouet attifée d’un collier de chiens à piques. Usant de la séduction autant qu’elle peut être séduite, ne déclare-t-elle pas dans « Les marchands de la peur » : « moi, je suis tout à fait affranchie ». On ne saurait être plus clair.

Des hommes désemparés

Certes, Mrs Peel reste l’exception dans une série où les autres femmes jouent plus souvent les assistantes médicales que les médecins et où les secrétaires sont plus nombreuses que les dirigeantes d’entreprise ou les ministres. La révolution est en marche mais en marche seulement. En se faisant passer pour une institutrice, une infirmière, une vendeuse  ou une réceptionniste, Emma joue avec les clichés autant qu’elle les subvertit en jouant ces rôles avec ce qu’il faut de second degré. On notera néanmoins, qu’en dehors du cercle restreint des services secrets de sa majesté, cette nouvelle figure de la femme laisse les hommes désarmés, désemparés, déstabilisés. Si la révolution féministe n’est plus très loin, ses conséquences sont déjà largement perceptibles. Ce qui fait encore aujourd’hui tout le charme mais aussi toute l’actualité de cette période de la série.

Franck Gintrand

A lire

– Le forum francophone sur série « Chapeau Melon et Bottes de cuir »
– Sur la relation entre Emma Peel et John Steed lire la page du Forum consacrée à ce sujet Ici

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