Dominique Perrault : la quête de la tour et du trou parfaits / Chroniques d’architecture – 2017

Franck Gintrand

Publié le :

  • 30 août 2017

Il arrive que des créateurs transforment des erreurs de jeunesse en énergie créative inépuisable. Dominique Perrault fait partie de ceux-là. Depuis la BNF avec ses tours trop transparentes pour abriter des livres et son jardin trop beau pour être foulé par les pieds des visiteurs, l’architecte s’est lancé dans la quête obsessionnelle et presque folle d’une architecture à la fois transparente et souterraine…

Fin des années 90. C’était encore l’époque où les présidents de la République mettaient un point d’honneur à léguer à l’histoire une trace tangible et si possible éternelle de leur règne. Après sept grands projets, François Mitterrand ouvrait son second mandat par le lancement d’une grande bibliothèque. Son projet le plus personnel. Son projet le plus ambitieux aussi (au total un milliard d’euros, quand même). L’annonce fait grand bruit dans le monde de l’architecture. Parmi les quelque 240 dossiers venus des quatre coins du monde entier, celui de Dominique Perrault s’impose en conciliant la puissance et la légèreté, deux qualités a priori contradictoires.

@ INA

Tours de la BNF : trop belles pour être vraies

Sur le papier, l’idée de tours transparentes en forme de livres ouverts posés aux quatre coins d’une grande dalle rectangulaire séduit par sa simplicité et sa symbolique. La prouesse artistique et technique est indéniable. A une réserve près : dans les faits, Dominique Perrault promet l’impossible.

Il faut pour le réaliser qu’un article dénonce l’absurdité d’exposer des livres à la lumière et aux variations de température du soleil. Le verre révolutionnaire hyperfiltrant et transparent à la base même du projet se révèle être encore à l’état expérimental et les premiers résultats ne sont pas franchement concluants. Malaise tant du côté du jury que de l’architecte.

@ TheRedList

Une chose est sûre : le projet livré ne sera pas vraiment le projet promis. L’administrateur général de la Bibliothèque Nationale se déchaîne. Soutenu par François Mitterrand, Perrault balaye les critiques. Gardant le principe des tours en verre – mais pouvait-il faire autrement ? -, l’architecte s’emploie à post-rationaliser l’ajout de volets en bois et substitue le concept de la «double peau» à l’idée originelle de transparence avec ce qu’il faut de mauvaise foi pour soutenir que l’essentiel est sauf.

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