Pourquoi les villes sont abandonnées – article à paraître

Franck Gintrand

Publié le :

  • 19 juillet 2017

Depuis la catastrophe naturelle jusqu’aux horreurs de la guerre, il existait au moins une bonne dizaine de raisons d’abandonner une ville. Enfin, ça c’était vrai autrefois. Aujourd’hui, les villes ne sont plus rayées de la carte : elles agonisent longtemps, très longtemps… sans jamais mourir vraiment.

A chaque époque ses causes de mortalité. Jusqu’au XVIIe siècle, les catastrophes naturelles et la destruction autoritaire par le vainqueur dominent.

Les catastrophes naturelles

L’éruption volcanique : Pompéi

Fondée à proximité de l’actuelle Naples, Pompéi a été effacée de la carte par l’éruption du Vésuve en l’an 79 peu de temps après sa fondation. Les cendres ont recouvert la ville si rapidement que les ruines de Pompéi représentent un vestige quasi instantané, figé dans le temps, d’une petite ville typique de l’antiquité romaine. Redécouverte fortuitement au XVIIe siècle, son état de conservation est remarquable.

L’ensevelissement naturel : Rombly (Pas-de-Calais)

Nombre d’habitants : 0

La légende raconte que le village fut enseveli sous les sables en 1646, l’événement se produisant en une seule nuit de tempête. En réalité, l’ensablement fut nettement plus progressif que la légende ne le décrit. Pour ralentir l’avancée des dunes, les habitants plantèrent des oyats, une espèce aux racines très profondes. Mais en 1686, l’avancée des sables s’accéléra, contraignant les habitants à s’exiler plus en hauteur.

L’incendie accidentel

Troie

Nombre d’habitants : 0

Immortalisée par Homère dans L’Iliade, le site légendaire de la guerre de Troie est situé dans l’actuelle Turquie. La ville aurait succombé à un gigantesque incendie en 1250 avant JC.

La guerre 

Timgad (Turquie)

Nombre d’habitants : 0

Surnommée la « Pompéi de l’Afrique du Nord », cette colonie romaine a été fondée en Algérie par l’empereur Trajan en l’an 100. Détruites par les Berbères au VIe siècle, la ville est reconstruite par les Byzantins puis sans doute progressivement abandonnée. Elle sombre alors dans l’oubli jusqu’à sa redécouverte par un anglais dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et la mise à jour du site à la fin du XIXe siècle.

Persepolis (Iran)

Persepolis était autrefois la capitale de la Perse. Réputée pour sa beauté, la ville aurait été brûlée par Alexandre le Grand lors de sa conquête de l’Empire perse, celui-ci ayant voulu signifié par ce geste la fin de la domination perse dans la région. La légende veut que la capitale fut pillée et les habitants massacrés en une nuit. Les ruines font l’objet de nombreuses visites par les occidentaux du XIVe au XVIIIe siècles, preuve s’il en est du prestige attaché à la ville. Les fouilles archéologiques commencent au XIXe et se poursuivent au XXe siècle.

Le site se visite. C’est même un des sites archéologiques les plus importants au monde. Les ruines du palais donnent une idée de la grandeur de la capitale perse.

Belchite (Espagne)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 0

La ville a été victime d’une bataille sanglante de la guerre civile espagnole qui a coûté la vie à quelques 6000 personnes. Franco, vainqueur, a voulu conserver les décombres de la ville comme un témoignage de la « maladie du communisme ». Les ruines ont servi de décor au tournage de différents films, tels que Les Aventures du baron de Münchhausen (1988) et Le Labyrinthe de Pan (2006).

Des visites guidées peuvent être organisées et durent en moyenne 3 heures.

Cumières-le-Mort-Homme (Meuse)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 0

En voilà un qui porte bien son nom. Plusieurs fois chanté par Brel, Cumières-le-Mort-Homme fait partie de ces villages pilonnés et totalement détruits pendant la Premier Guerre Mondiale (il en existe 9 au total).

Il est aujourd’hui possible de visiter les vestiges et une chapelle construite avec les pierres de l’ancienne église.

Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 0

Tristement célèbre pour le massacre qui y fut perpétré pendant la Seconde Guerre mondiale, le village a été conservé à des fins mémorielles. Il fut ainsi décidé de construire un nouveau bourg à proximité, qui compte aujourd’hui plus de 2400 habitants.

Un peu tout à la fois

Saint-Symphorien (Alpes-de-Haute-Provence)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 6 (en 1968 donc peut-être bien 0 aujourd’hui)

La commune disparait une première fois durant le XVème siècle sous les coups simultanés de la guerre de Cent Ans et de la peste noire. Peu à peu repeuplé, le village se vide pendant la seconde moitié du XIXème sous l’effet de l’exode rural avant de se prendre de plein fouet une épidémie de Choléra puis deux guerres mondiales. Occupé, dévasté, Saint-Symphorien finit par s’éteindre.

Le progrès

La création d’un barrage : Celles (Hérault)…

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 32

C’est à la fin des années 60 que ce village est exproprié dans le cadre de la mise en l’eau du barrage du Salagou. Dans un premier temps condamné à une immersion totale, Celles « survécut » quand il fut décidé que la hauteur des eaux ne dépasserait pas 139 mètres (au lieu des 150 initialement prévus).

Robert Enrico y a tourné son film, Zone Rouge, en 1985.

… Et Le Bourget et Brillat (Jura)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 0

Les deux villages disparurent simultanément sous les eaux lors de la mise en eau du barrage de Vouglans en 1968. Une grande partie des habitants fut déplacée à Ogrelet.

La création d’une zone militaire : Brovès (Var)

Nombre d’habitants selon le dernier recensement : 0

Ce village a carrément été supprimé, le 10 août 1970 quand fut créé le camp militaire de Canjuers. Les habitants furent ainsi relogés afin d’éviter de se prendre des obus sur le coin de la figure et l’endroit fut interdit au public. Il est possible de rouler sur la route qui passe à proximité mais il est défendu de s’y arrêter.

La création d’un aéroport : Goussainville Vieux-Pays

Pour fuir le bal incessant des avions de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, les habitants ont déserté ce village. La plupart des habitations ont alors été vendues à l’Aéroport de Paris. En effet, les habitants ne supportaient plus de vivre si près de l’aéroport international en activité constante. Pour préserver leur tranquillité, ils ont donc abandonné ce qu’on appelle le Vieux-Paris. Aujourd’hui, cette ville fantôme complètement désertée a été vendue à la ville de Goussainville pour la modique somme d’un euro symbolique. Les graffeurs se sont accaparé quelques bâtiments abandonné pour laisser exprimer leur art. Les maisons sont totalement délabrées et ce village n’a plus une âme qui vive sur son territoire. Difficile alors de s’imaginer que cette ville abandonnée ne se trouve qu’à quelques kilomètres de la ville de Paris, toujours en pleine effervescence. Quant aux touristes, ils semblent avoir trouvé dans ce village l’occasion de se faire peur en organisant des visites nocturnes au milieu de la ville morte.

La crise économique

La désindustrialisation : La Cité Blanche (Ardèche)

Véritable petite ville dans la ville, la Cité Blanche a été construite vers 1880 au sud de Montélimar. Il s’agit en fait d’une cité ouvrière qui a accueilli plusieurs milliers de travailleurs des usines Lafarge. Deux écoles, un hôpital, une maternité, une chapelle, des boutiques et lieux de loisirs : voilà l’image de la Cité Blanche à son apogée. Et puis les machines ont commencé à remplacer l’Homme et la ville s’est vidée de ses habitants… Des circuits sont organisés par l’Office du tourisme et le Centre International Construction et Patrimoine de Viviers pour découvrir l’ancienne cité ouvrière.

… Et Toulouse-le-Château

Plus près des frontières suisses, un autre village avait été mis en vente en mars: malgré son nom qui rappelle la ville rose du Sud de la France, Toulouse-le-Château se situe entre Morez, Dole et Lons-le-Saunier. Et sur le territoire de cette commune du Jura français, un hameau attend ses nouveaux propriétaires. A Baudin, une fonderie et une forge avaient vu le jour au XIXe siècle permettant au lieu-dit de croître et même de voir une vie paroissiale propre se développer. Mais la rentabilité de la fonderie et de la forge a chuté au milieu du XXe siècle et l’activité a pris fin en 1959. En quelques années, le village s’est dépeuplé et il ne reste plus sur place d’habitants à l’année. Juste une association qui gère un musée local et une ferme coopérative. Le reste des bâtiments a été racheté par le Conseil général du Jura en 2013 pour 300’000€.

L’or : Le village fantôme de Bodie en Californie

Sur le versant oriental de la Sierra Nevada, en Californie, la célèbre ruée vers l’or a laissé de nombreuses traces. Parmi celles-ci ces fameux villages fantômes, vite construits et vite abandonnés, une fois l’illusion de la fortune passée. Il n’en reste pas moins de formidables témoignages d’une époque passée, comme le village de Bodie, l’un des mieux conservés de l’État. C’est l’une des villes fantômes les plus photographiées

… Chemung Mine dans le Nevada

En fonction de 1909 à 1938, cette mine est au centre d’une ville aujourd’hui totalement abandonnée et loin de tout. Si la découverte est libre et aux propres risques des touristes, c’est une carte postale d’une époque pas si lointaine des pionniers de l’Ouest améric

… Et Le camp minier de Kennecott en Alaska

À la recherche d’or, c’est finalement du cuivre que les prospecteurs vont trouver dans cette région d’Alaska. Un camp minier est alors installé et une voie de chemin de fer créée pour faciliter la logistique sur place. En 1938, le filon est épuisé et le camp, tout comme la petite ville située juste à côté, est déserté. Il ne reste que les vestiges de cette aventure industrielle qui contemplent encore les touristes à la recherche d’originalité

L’épuisement des ressources naturelles : Holland Island dans le Maryland

Dans l’est des États-Unis, l’île de Holland a été autrefois habitée par des agriculteurs et des bateliers. Toutefois, l’érosion rapide des terres a conduit à abandonner rapidement cette île dont ne subsistait qu’une unique maison qui s’est finalement effondrée en 2010.

… Et Kolmanskop en Namibie

Ville qui est sortie du désert en 1908 suite à la découverte d’un gisement de diamant. La ville connut un essor tel qu’elle fût la première à avoir le rayon X et le tramway en afrique. Seulement, le gisement s’est épuisé et les gens ont quitté la ville. Le désert a repris ses droits.

… Kadykchan en Russie

Emblême du soviétisme, Kadykchan a été batie des mains de prisonnier de la seconde guerre mondial. Ses deux mines de charbon laissait entrevoir un avenir prospère mais l’explosion de l’une des mines a ébranlé les fondations de la ville trop proche.

La faillite : Devils Nest Ski Resort dans le Nebraska

Quand on parle de lieux abandonnés, on pense à des maisons, des immeubles, des hôpitaux ou des écoles, mais pas forcément à.. une station de ski ! Et pourtant c’est bien le cas de cette petite station du Nebraska des années 70 qui devait être au centre d’un grand complexe de loisirs avec des résidences luxueuses et un hôtel de 25 étages. L’entreprise en charge du projet fit faillite et il ne reste aujourd’hui que ces remontées mécaniques d’un autre âge qui semblent paisiblement attendre des skieurs qui ne viendront jamais…

L’illégalité : Pirou plage

C’est une histoire triste, mais pas surprenante : dans les années 1990, un promoteur vraisemblablement peu scrupuleux a entrepris, avant même l’obtention d’un permis de construire, la construction et la commercialisation d’une centaine de maisons, regroupées dans un nouveau quartier nommé Aquaparc. Les maisons ont été bâties avant même la mise en place d’une voirie, d’un réseau électrique et d’une évacuation des eaux usées. Comme vous pouvez vous en douter, le permis de construire n’a pas été accordé, le chantier s’est arrêté en cours de route et plus de vingt ans après, ce village fantôme sans rues ni raccordement à aucun réseau laisse une drôle d’impression. Et un beau terrain de jeu pour les amateurs de street art ! Des villages abandonnés avant même que leurs habitants ne s’y installent, c’est tout de même assez rare. Heureusement.

 

Revenir à la rubrique :