Mathématiques : une si touchante arrogance

Franck Gintrand

Publié le :

  • 27 mai 2017

Le physicien britannique Stephen Hawking en est convaincu : l’existence de l’univers découle des lois de la physique et d’elles-seules. Dans ce domaine, il ne saurait y avoir de doute, de mystère et moins encore d »intention initiale (1). Que d’assurance, que d’arrogance ! (2). Comment ne pas être de l’avis de Yann Moix lorsqu’il juge que cette absence d’humilité en dit plus long sur la psychologie des mathématiques que sur les origines de l’univers : « les mathématiques sont la seule activité humaine qui ne supporte pas d’être une activité humaine (…) Ce qui mine les mathématiciens, d’abord, c’est que les mathématiques puissent devoir quelque chose à la nature, aux océans, au soleil, qu’elles aient, autrement dit, un fondement sensible. Ensuite, c’est qu’elles puissent n’être fondées que par l’esprit, qu’elles y logent, qu’elles ne sont pas là de toute éternité, indépendantes de nous (…) »

Si, comme le rappelle Paul Jorion dans son dernier livre (3), les mathématiques prétendent éliminer le sujet en distinguant la réalité objective, celle des chiffres, de la réalité empirique et trompeuse, celle des sens, toute la question est de savoir comment établir un lien entre ces deux mondes autrement que par les mots. Est-ce même possible ? Selon l’écrivain, la réponse est clairement négative : « le vocabulaire, à l’instar des signes mathématiques, conditionne à tel point notre pensée qu’il est probable que la mise en équation du monde soit tout bonnement impossible pour de simples problèmes de langage. Si le mot «origine» n’existait pas, on ne rechercherait pas une origine à l’univers (…) Qui nous dit que nous pouvons «penser» au-delà ou en deçà de l’échelle humaine ? Croire que l’infiniment petit et l’infiniment grand sont accessibles, là où les mots n’ont plus prise, à une pensée contaminée à jamais par un vocabulaire et un formalisme issus des habitudes de l’échelle humaine ? Il faudrait s’extraire de toute humanitude pour penser ces dimensions (…) ».

La frontière ultime résiderait moins dans notre capacité à comprendre qu’à penser et formuler les termes du problème. Non parce que les mots nous manquent mais parce qu’ils nous encombrent, au point d’obstruer la lumière. Si tel est le cas, la frontière qui nous en sépare serait alors à tout jamais infranchissable. L’humanité comme limite et désespérante finitude, en somme.

(1) New Answers to the Ultimate Questions of Life – Stephen Hawking(2) « Réponse à Hawking : la physique ne peut rien pour Dieu » – Yann Moix – Libération – 19/11/10 (3) Comment la vérité et la réalité furent inventées – Paul Jorion

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