Dubai, la cité du désert est aussi la ville de tous les mirages

Franck Gintrand

Publié le :

  • 27 mai 2017

Capitale de l’Emirat dont elle porte le nom, Dubaï se voit en cité de demain. Mais on n’est pas obligé d’y croire… 

Au-delà des gratte-ciels et des centres commerciaux, Dubaï est-elle le laboratoire de la ville de demain ? Une chose est sûre, elle ne cesse de le proclamer urbi et orbi. Encore récemment l’Emirat a récemment dévoilé son exposition « Future Cities Show » qui, nous explique-t-on, « se concentrera sur les solutions durables, innovantes et heureuses pour les villes du monde entier ». Abdullah al-Nuaimi, ministre des travaux publics de Dubaï, n’est d’ailleurs pas peu fier d’expliquer aux journalistes : « notre objectif est d’inventer une ville de demain qui soit capable de dépasser ce que nous imaginons aujourd’hui ».

Voilà pour les intentions. Mais dans les faits ? Tous ces projets dont Dubai ne cesse d’alimenter les médias du monde entier ne serait-il pas le fruit d’une communication complaisamment relayée par les journalistes ? Combien ont-ils réellement vocation à être réalisés ? En 2015, l’émirat annonçait vouloir s’enrichir d’un nouveau bâtiment spectaculaire, un immense anneau ovale destiné à accueillir d’ici 2017 un centre tourné vers les innovations technologiques. Selon ses concepteurs, la vocation du Musée de l’avenir est de «réunir les plus brillants chercheurs, designers, inventeurs et financiers sous un même toit». Sept étages accueilleront « des laboratoires d’innovation axés sur la santé, l’éducation, les cités intelligentes, l’énergie et le transport ». Le musée sera aussi « une plate-forme pour exposer et tester les dernières innovations des géants de la technologie et offrira des opportunités de collaboration avec les firmes et les grandes universités ou centres de recherche dans le monde, indiquent ses promoteurs ». Un projet très ambitieux donc. Mais c’est son architecture qui fait lui vaut de faire le buzz. Et il y a de quoi…

L’Hyperloop, ce train propulsé à 1 200 km/h dans un tube électromagnétique mettra Abou Dhabi à douze minutes de Dubaï. L’Hyperloop serait un moyen de transport capable de concurrencer l’avion par sa grande vitesse en s’affranchissant du principal problème du voisinage des aéroports : la nuisance aérienne (bruit mais aussi pollution). Par contre, son principal inconvénient est qu’il faut créer un réseau dédié aujourd’hui inexistant dans des zones parfois déjà urbanisées. En octobre 2016, il apparaît que le coût de construction de l’Hyperloop pourrait être inférieur à 121 millions de dollars par mile impérial (1609,344 m) alors que le coût de construction d’une ligne à grande vitesse est supérieur à 123 millions de dollars par mile impérial

Les premiers taxis volants ont fait leur apparition. Le taxi volant 2X développé par la start-up allemande Volocopter a effectué le 25 septembre 2017 son premier vol au-dessus de la ville. Pour cette première, l’essai a été réalisé sans pilote. Grâce à ses neuf batteries, le 2X dispose d’une autonomie en vol de trente minutes. Lors de son entrée en service, le multirotor électrique sera capable de transporter de manière totalement automatisée deux passagers sur une vingtaine de kilomètres à une vitesse de croisière comprise entre 50 et 100 km/h. Avec de nombreux essais en vol restant à effectuer et les autorisations à obtenir auprès de l’aviation civile des EAU, l’autorité en charge des routes et des transports de Dubaï (RTA) se donne cinq ans pour lancer ce service de taxi volant. Grâce notamment à ce nouveau système la ville de Dubaï entend rendre autonome 25% de son réseau de transport d’ici à 2030.

Mars Science City. Les Émirats arabes unis veulent faire sortir du désert une ville grandeur nature simulant le futur de la vie sur Mars. Étalée sur une surface de presque 180 000 mètres carrés, Mars Science City sera dotée de laboratoires dédiés à l’alimentation, l’eau et la production d’énergie. La ville sera également le lieu d’expérimentations agricoles et d’études menées sur la sécurité alimentaire à atteindre sur Mars. Par ailleurs, Mars Science City accueillera un musée rappelant les conquêtes spatiales faites par l’humanité, et dont les murs seront imprimés en 3D à partir de sable récupéré dans le désert émirati.Les Émirats arabes unis ambitionnent également de mener une longue expérimentation à l’intérieur de cet espace, en confinant un groupe de plusieurs personnes dans Mars Science City pendant une année. Bien sûr, cette ville futuriste ne sortira pas de terre toute seule : la réalisation d’un tel projet pourrait coûter environ 150 millions de dollars. Une somme colossale allouée à un projet pas moins gargantuesque ; d’ici 2117, les Émirats arabes unis espèrent en effet établir leur premier campement humain sur Mars.

Le gratte-ciel pivotant. Un immeuble futuriste qui tourne sur lui-même. Programmée pour 2020, cette tour accueillera des logements sur 80 étages. Répondant au nom de « Dynamic Tower », le projet proposé en 2008 par l’architecte italo-israëlien David Fisher verra finalement le jour. Chaque appartement de la tour sera capable de tourner sur lui-même à 360 degrés. L’immeuble sera donc constamment en train de pivoter. Cela signifie que les résidents pourront apprécier des levers de soleil et des crépuscules intenses depuis leur appartement futuriste. Ils pourront même caler la rotation de leur logement sur celle du soleil. Ces appartements auront donc une consommation nulle d’électricité. En effet, les étages de cette tour dynamiques seront séparés par un espace de 60 centimètres qui permettra à des turbines à vent de fournir l’immeuble en électricité, voire de produire de l’énergie excédentaire qui à même de pourvoir aux besoins des immeubles alentour. En 2020, les Émirats arabes unis souhaitent que 7 % de leur production d’énergie proviennent de sources renouvelables. Les habitants de ces appartements à 28 millions d’euros pourront contrôler leurs propres unités de vie grâce à la commande vocale. Grâce à des signaux verbaux, ils pourront ajuster la vitesse et démarrer ou arrêter la rotation.

Le robot-flic. Selon Abdullah Bin Sultan, directeur du Future Shaping Center de la police de Dubaï, les robots représenteront « 25 % des services de police » de la ville « en 2030 ». Le prototype dévoilé en mars est basé sur le modèle humanoïde REEM de la société espagnole PAL Robotics, qui embarque dans sa boîte crânienne l’intelligence artificielle d’IBM Watson. Lors de sa présentation au salon de l’innovation dubaïote GITEX, la bête n’avait guère fait mieux que de se balader dans les travées en proposant ses services aux gens, et c’est à peu près ce à quoi l’on peut s’attendre avec ce « robot flic ». Équipé d’un écran tactile au niveau du torse et monté sur roulettes, le robot pourra permettre aux passants qui le croisent de signaler des délits et infractions ou de payer des amendes. Hors de question, pour le moment, de choper des flag’, de courser des voleurs à la tire ou même d’éborgner des manifestants à coup de flash-ball – ces versions-là viendront plus tard, à n’en pas douter -, même si le robot est déjà capable de scanner votre visage à 30 mètres de distance. Enfin, la bête fera office d’agent à distance, les unités de police humaines pouvant accéder à tout moment à ses caméras et l’utiliser pour discuter avec les civils. l’initiative de la police de Dubaï a de quoi faire sérieusement lever le sourcil lorsque l’on connaît l’état actuel d’avancement de l’intelligence artificielle.

Le véhicule autonome de police. D’ici à la fin de l’année, les forces de police accueilleront dans leur rangs une nouvelle recrue : le robot O-R3, l’Autonomous Outdoor Security Robot. Conçu par OTSAW, une start-up basée à Singapour, c’est un véhicule autonome électrique doté d’une intelligence artificielle poussée. Concrètement, ce robot pas plus grand qu’une poussette pour bambin est capable, grâce à une caméra 360° et un logiciel de détection biométrique, d’identifier les anomalies et les délits rencontrés sur son son chemin. O-R3 « scanne les criminels recherchés et les personnes en train de commettre des actes répréhensibles », explique ainsi le site Gulf News. O-R3 peut bien sûr détecter et esquiver tout obstacle mais surtout, lorsqu’il atteint ses limites, il peut appeler en renfort un drone de compagnie qui poursuivra le coupable en fuite. Lorsqu’un problème est détecté, le robot le signale aux agents de police qui interviennent et prennent le relais. Les caméras qu’il embarque seront en effet connectées à une salle de commande interne, a expliqué le directeur des services de technologies du département de police de Dubaï à Guld News.O-R3 n’est pas le premier robot à rejoindre la police dubaïote.

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle (définition de Blockchain France). Par extension, elle constitue une base de données qui contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire. L’adoption de la Blockchain par Dubaï permettra d’économiser 5,5 billions de dirhams (plus d’un milliard d’euros) chaque année sur le traitement des documents, ce qui équivaut à la construction d’une Burj Khalifa (la plus grande tour du monde) chaque année. Demandes de visa, paiements de factures et renouvellements de licences, qui représentent plus de 100 millions de documents chaque année, seront traités numériquement dans le cadre de cette nouvelle stratégie. La Blockchain permettra de réduire de 114 tonnes le taux de CO2 généré par le traitement traditionnel et d’accroître de manière considérable l’efficacité du gouvernement.

La multiplication des concepts. Un concept baptisé Oasis Eco Resort ambitionne d’être la base touristique écologique de demain en intégrant des cultures, un élevage de poissons, ainsi qu’un écosystème dont le but sera la sauvegarde de la faune locale. Côté énergie, un parc photovoltaïque couvrira intégralement le toit des infrastructures. Le complexe est prévu pour être implanté à Liwa, une importante zone d’oasis située au sud de l’émirat d’Abou Dabi, voire la carte ci-dessous. Le budget nécessaire à la mise en place du projet a été chiffré à 20 millions d’euros. Prévu pour 2020, l’Oasis Eco Resort représente un véritable défi technique.

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