Frank Lloyd Wright : un architecte et ses contradictions

Franck Gintrand

Publié le :

  • 25 mai 2017

Trois hommes cohabitent en F.L. Wright : le romantique épris de culture allemande et italienne, le moderne fervent partisan du changement, l’Américain appelant de ses voeux une architecture propre au nouveau continent.

Un homme du passé

  • Une culture classique : « Mon livre d’histoire préféré est le Rome de Gibbon (…) Beethoven et Bach étaient des architectes princiers dans mon royaume spirituel. J’aimais le grand disciple de Beethoven, Brahms…) L’Italie était et est encore le lieu où bat le coeur créateur, comme le prouvent Vivaldi, les troubadours italiens et Palestrina. Ils accompagnaient Giotto, Mantegna, Léonard, etc. »

  • Une détestation de la ville : « Je voyais que nos grandes villes n’étaient que des villages sur-développés, sous-équipés, désordonnés, bref, des clichés hypertrophiés, surpeuplés et sur-gadgétisés de la ville antique. »

Un moderne

  • Une bonne connaissance des architectes européens contemporains : « Les bons William Morris et John Ruskin étaient très remarqués par les cercles intellectuels de Chicago à l’époque. Les MacKintosh d’Ecosse, ainsi que les contestataires agités en Europe, comme Van de Velde en Belgique, Berlag en Hollande, Adolf Loos et Otto Wagner à Vienne : tous étaient d’authentiques protestataires mais, à l’époque, ils n’étaient vus et entendus qu’en Europe. »

  •  La volonté de rompre avec le passé : « J’avais toujours présent à l’esprit la tragédie survenue à mon architecture bien aimée dont parlait la prophétie de Victor Hugo. Le sens de cette tragédie avait déjà suscité en moi la haine du pilastre, de la colonne dressée pour elle-même, de l’entablement, de la corniche, bref, de tout le bazar architectural de la Renaissance. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que Victor Hugo, dans l’élan de sa vaste pensée, avait tout simplement affrimé la vérité : « l’art ne peut se répéter » ». A un autre moment, Wright relie cette nécessité d’innover par un refus des écoles : « Presque tout ce que je voyais en face de moi fait par l’homme devait être nouveau. Comment des bâtiments pourraient-ils encore émaner de ces prétendues « écoles » passées ou futures ? Il ne pourrait jamais plus y avoir d’école ! Les écoles ne pouvaient que se répéter et donc proposer des moyens de fortune : en se référant à de vieilles cultures, elle-mêmes éclectiques à l’origine. »

  • Le sentiment de vivre une période charnière : « Après la réitération  compliquée de formules semblables pendant 500 ans, (…) Victor Hugo, le plus grand moderne de son temps, alla plus loin, en lançant cette prophétie : l’architecture (…) pourrait et voudrait connaître de nouveau une renaissance spirituelle. A la fin du XIXe siècle, ou au début du XXe siècle, on verrait une renaissance de l’architecture (…) J’avais quatorze ans quand ce chapitre, généralement expurgé de Notre-Dame de Paris, affecta profondément ma vision de l’art. »

Un architecte américain

  • Le culte de l’individualisme : « Ne perdons pas de vue que les Etats-Unis d’Amérique furent créés il a 160 ans pour faire passser un message unique qui a déclenché une véritable révolution sur la forme du gouvernement. La liberté pour l’être humain de s’améliorer par soi-même. Songez que l’homme est devenu ainsi l’unité d’une civilisation elle-même individuelle. »

  • L’architecture en tant qu’art :  » L’Amérique doit s’engager à fond dans les arts de l’urbanisme et de l’architecture résidentielle en tant qu’oeuvres d’art (…) la seule culture étant la culture vernaculaire. »

 Les citations sont extraites du « Testament » de F.-L. Wright

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