Le monde d’Agatha Christie

Franck Gintrand

Publié le :

  • 20 mai 2017

LE GOUT DU VOYAGE

Née dans une famille de la classe moyenne supérieure de Torquay, dans le Devon, Agatha est la plus jeune de trois enfants d’un père né à New York et qui a lui-même beaucoup voyagé après avoir fait son internat en Suisse.

Enfance et adolescence en France

Agatha Miller a 6 ans lorsque ses parents décident de séjourner plusieurs mois dans les Pyrénées, alors à la mode chez les Britanniques aisés. Ils élisent domicile à l’hôtel Beau Séjour de Pau avant de partir pour Paris et Dinard. Sa mère veut que ce séjour lui permette d’apprendre la langue de Molière. Elle engage une préceptrice française, une jeune couturière de Pau. Cette dernière va suivre les Miller pendant trois ans, en France puis à Torquay en Angleterre.

Sa mère l’envoie en pensionnat à 15 ans à Paris où elle reste deux ans.

Premier contact avec l’Egypte

A 17 ans, elle passe trois mois avec sa mère en Egypte à l’ hôtel Gezirah Palace au Caire. Agatha écume les bals, « jusqu’à cinq fois par semaine», assiste à des matchs de polo et à des pique-niques. Chaperonnée par sa mère, la jeune fille rencontre « une trentaine de jeunes gens raisonnablement présentables », mais rentre en Angleterre sans avoir trouvé le prince charmant. Ce séjour inspire un premier roman qui est refusé.

 Voyageurs du Monde a remis à neuf le merveilleux Steam-Ship-Sudan, un bateau sur lequel la romancière avait fait la croisière entre Louxor et Assouan. On découvre depuis le pont les paysages égyptiens du film Mort sur le Nil dans sa version internationale de 1978 avec Peter Ustinov en Poirot.

A l’Hôtel Old Cataract, à Assouan, la suite Agatha-Christie est un appartement, le plus beau de l’établissement. C’est là, en 1933, face à la vue sublime sur le fleuve, que la romancière écrivit Mort sur le Nil. Quand elle n’est pas occupée, la chambre se visite

Naissance d’Hercule Poirot

Après plusieurs mois de « chasse au mari », elle rencontre au cours d’un bal le lieutenant Archibald Christie qu’elle épouse le jour de Noël 1914.

Durant la guerre, elle s’engage comme infirmière bénévole. Les réfugiés belges vivant à Torquay et les soldats belges qu’elle soigne lui inspire le personnage d’Hercule Poirot, un ancien policier belge réfugié en Grande-Bretagne après l’invasion de la Belgique par l’Allemagne.

Surfer en Afrique du sud

En 1921, son mari se voit proposer une longue mission à travers l’Empire britannique. L’ex-aviateur, qui vient de perdre son emploi, accepte. Pendant dix mois, le couple parcourt 55 000 km à travers le globe. Pendant son trajet en bateau pour se rendre en Afrique du Sud, Agatha se découvre un mal de mer si terrible qu’il a failli interrompre son voyage. Elle persiste et tente toutes sortes de mélanges très « anglais », du champagne avec du brandy, des biscuits secs aux cornichons, en passant par le jus de concentré de boeuf.

A 32 ans, les Christie voyagent dix mois en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hawaï et au Canada. C’est au Cap que la romancière goûte au surf pour la première fois. Avec son mari, ils sont parmi les premiers à surfer debout.  A Hawaii, elle note que les vagues y sont autrement plus violentes qu’en Afrique du Sud. Et les débuts sont rudes. Elle se retrouve même nue, lorsqu’au cours d’une chute sa planche arrache son costume de bain en soie ! 

Les Canaries

En 1926, elle perd sa mère et divorce d’Archibald. La même année, son septième roman, Le Meurtre de Roger Ackroyd , remporte une vrai succès ((8 000 exemplaires). Elle disparait durant douze jours.

En 1927, Agatha Christie débarque à Santa Cruz de Tenerife accompagnée de son assistante et de sa fille. Elle est plongée dans une profonde dépression. Les Canaries, « parenthèse espagnole en plein océan Atlantique au large du Sahara occidental » vont panser ses plaies et lui fournir une matière décisive pour ses romans. Agatha s’intéresse peu à la culture locale. De même qu’elle se passionne pour le surf en Afrique du sud, elle aime lézarder au soleil : « s’allonger sur une plage en pente, laisser les vagues venir et vous recouvrir. » « J’aime le soleil, la mer, les fleurs, les voyages, les aliments étranges, les sports, concerts, théâtres, pianos et broderie », dira-t-elle. A Las Palmas, elle rencontre un médecin guérisseur à qui elle se confie et qui la rassure sur sa capacité à surmonter cette période difficile. Elle finit le Train bleu dans la souffrance et se considère à compter de ce moment-là comme un véritable écrivain.

Il reste de son passage une statue dans le Jardin des orchidées d’El Sitio Litre. Ce jardin de plus de 220 ans est le plus ancien de l’île. Il possède la plus grande collection d’orchidées de Tenerife, ainsi que le plus grand et le plus ancien dragonnier de la ville.

L’Orient Express et Thomas Cook

En 1928, Agatha va chercher le dépaysement en Irak. Les dames de Bagdad la font rêver. Qui plus est, la découverte des ruines de la ville d’Ur la fascine. Elle prend pour la première fois l’Orient Express qui rallie la gare de Calais à celle d’Istambul en trois jours. L’agence de voyages Thomas Cook s’occupe de la réservation.

L’Orient-Express est un train de luxe créé par la Compagnie internationale des wagons-lits (CIWL) assurant la liaison entre Paris, Vienne, Venise et Istanbul.

C’est lors d’un voyage aux États-Unis en 1867 que l’ingénieur belge découvre les wagons-lit dont il décide d’améliorer le modèle en s’inspirant des cabines des transatlantiques.

Dans les années 1920, des artistes-décorateurs comme René Prou pour la marqueterie ou bien René Lalique pour la verrerie créent un style à la fois luxueux et élégant, un chef-d’œuvre de l’Art nouveau et de l’Art déco qui qui devient la marque de fabrique de l’Orient Express. Le luxe est tel que des bandits attaquent le train et repartent avec un butin de 120 000 livres  et cinq voyageurs en otage. A l’époque du voyage d’Agatha les voitures en teck ont été remplacées par des voitures métalliques plus confortables, peintes d’une couleur bleu nuit avec des liserés de couleur or.

C’est le succès de la ligne Paris-Vienne qui donne l’idée à l’entrepreneur de la prolonger vers Constantinople, capitale de l’Empire ottoman. La vogue de l’orientalisme n’a pas reflué et cet empire ne cesse de fasciner. Les passagers sont libérés des contraintes administratives, la Compagnie s’occupant de présenter les passeports à chaque passage de frontière. Le train devient un axe de communication majeur vers l’Orient, attirant une clientèle fortunée.

Durant l’hiver 1929, l’Orient-Express se retrouve bloqué par la neige à 130 km d’Istanbul. La température dans les wagons atteint les −10 °C. Affamés, des passagers échangent des œufs contre leur bijoux au village le plus proche et finissent par chasser le loup. Cette aventure inspire à Agatha Christie la toile de fond de son roman Le Crime de l’Orient-Express. Une autre histoire de la romancière se déroule à bord de l’Orient-Express : dans la nouvelle Avez-vous tout ce que vous voulez ?

Le service quotidien Direct-Orient-Express vers Istanbul a cessé en 1977, vaincu par la faiblesse de sa vitesse commerciale (à peine 55 km/h vers la fin) due aux interminables arrêts douaniers dans les pays communistes traversés et la concurrence du transport aérien.

Bagdad

Elle séjourne au Tokatlian, où Hercule Poirot loge dans Le Crime de l’Orient-Express. L’immeuble existe toujours. Mais c’est au Péras Palas, qui offre une vue splendide sur le Bosphore, qu’Agatha Christie a laissé le souvenir le plus persistant.

Découverte de l’archéologie

Elle y fait la connaissance de Max Mallowan, un jeune archéologue avec qui elle se marie en 1930 et qu’elle accompagne dans ses fouilles archéologiques pour lesquelles elle se prend de passion.

Pour son voyage de noces, le couple Mallowan se rend à Venise, à Split (Yougoslavie) et enfin en Grèce. Victime d’une intoxication alimentaire, elle rejoint son mari à Ur après 

Pour atteindre Ur en Irak, elle n’hésite pas à effectuer un trajet d’une douzaine d’heures dans un wagon poussiéreux rempli de frelons. De ces expériences naîtront les célèbres Mort sur le Nil et Le Crime de l’Orient-Express ainsi que une pièce Akhénaton, traitant du pharaon éponyme pour lequel elle travaille avec un égyptologue. 

Nimrud

Chaque hiver de 1949 à 1957, Agatha Christie Max a aidé son mari Mallowan dans son travail de fouilles sur le site néo-assyrien de Nimrud, au nord de l’actuel Irak en enregistrant et en photographiant les artefacts issus des excavations de son mari. La capitale de l’Empire néo-assyrien est pillée lorsque l’empire s’effondre. L’histoire s’est répétée en 2014 lorsque des combattants de l’État Islamique ont envahi Nimrud après s’être emparés de la ville voisine de Mossoul. Ils y ont détruit les bâtiments.

Archétypes culturels

Christie décrit la Syrie comme «un pays doux et fertile et ses gens simples, qui savent rire et profiter de la vie; qui sont oisifs et gais, et qui ont de la dignité, de bonnes manières et un grand sens de l’humour, et pour qui la mort n’est pas terrible ». Elle évoque la gaieté et la liberté de parole et d’allure des femmes kurdes, si différentes des femmes arabes; l’arbitrage des incessantes disputes entre ouvriers kurdes, arabes ou arméniens; et surtout la difficile répartition des trouvailles d’une saison en deux lots, si possible égaux, puisque l’un revient aux Syriens et l’autre est expédié au British Museum.

Voyager en Angleterre

Son décor préféré reste l’Angleterre. Sur les 66 romans publiés de 1920 à 1976, 55 voient leur action se dérouler au Royaume-Uni et plus précisément en Angleterre, soit plus de 83% de l’ensemble.

Située au Sud-Ouest de l’Angleterre, le Devon est connue pour ses immenses landes ses plages et ses villages pittoresques.

A Torquay, célèbre station de la « Riviera anglaise », réputée pour la douceur unique de son climat, ses plages de sable blanc, ses palmiers, ses figuiers, ses lauriers ou encore ses magnolias. C’est là que nait Agatha en 1890, qu’elle y grandit avec sa sœur et son frère, qu’elle manque de s’y noyer, y rencontre son premier mari. C’est là enfin que se passent plusieurs de ses romans (Drame en trois actes, Mrs. McGinty est morte, Témoin indésirable, Le Cheval à bascule, L’If et la Rose, Meurtre au soleil). C’est aujourd’hui une ville paisible, modeste, principalement habitée par des retraités. A voir :

– l’hôtel Imperial où l’auteur aimait danser, et que fréquentaient le roi Edouard VII comme par Napoléon III, a été saccagé par un architecte fou. Mais à l’intérieur, on peut encore admirer la salle de bal et le hall d’époque

– Princess Gardens, où l’écrivain aimait à se promener.

– le Grand Hotel où Agatha passa sa lune de miel, avec sa vue sur la mer, son bar superbe et ses vastes chambres – la suite Agatha Christie est à recommander

– à quelques minutes de voiture, le village féerique de Cockington Court avec ses maisons à toit de chaume

– sur les hauteurs de Torquay, une merveille: Kents Cavern, enfilade de grottes qui ont été habitées pendant plus de 350 000 ans, un des plus beaux sites paléolithiques au monde. Agatha, que l’endroit avait frappée, le met en scène dans L’Homme au complet marron.

Autres curiosités :

– la ligne, fermée en 1963, a été rouverte : un train à vapeur impeccablement conservé dans son jus transporte les voyageurs en longeant la côte jusqu’à Dartmouth, la plus belle ville du Devon.

– Dartmouth est un havre où l’on aimerait passer plusieurs mois: c’est la perle du Devon. Elle se différencie par ses deux rives: sur la rive nord, d’anciennes habitations de pêcheurs multicolores en plusieurs gammes pastel surplombent le fleuve. Sur la rive sud, à quelques centaines de mètres de l’imposant Britannia Royal Naval College, où la reine Elisabeth II a rencontré Philip Mountbatten, futur duc d’Edimbourg, des quais pavés et, derrière, des maisons à colombages somptueuses datant des XVe et XVIe siècles. C’est sur cette rive, au Royal Castle Hotel (dont l’histoire remonte à 1639!), que l’écrivain résidait avant l’achat de Greenway, et l’endroit apparaît sous le nom de Royal George Hotel dans Témoin indésirable.

A Londres, Greenway a été achetée par Agatha grâce au succès phénoménal qu’elle rencontre dans les années 30. La maison de style géorgien est installée dans un domaine délirant. Entourée de bois mais aussi de jardins et serres en tout genre, le jardin descend en pente douce vers la Dart. Greenway, léguée par le petit-fils d’Agatha, Mathew Prichard, à la National Trust, l’équivalent des monuments historiques au Royaume-Uni, est aujourd’hui un musée permettant de visiter la maison de l’auteur telle qu’elle était lorsqu’elle y habitait. En savoir +

LA FASCINATION DES ILES

– sur les îles : »Ce qu’il y a de bien, avec une île, c’est qu’une fois qu’on y est, on ne peut pas aller plus loin… on est arrivé à son terme, au bout de tout… »; « une île, c’était un monde en soi. Un monde dont on risquait parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir »

« (…) le capitaine n’avait qu’un seul amour : la mer. Il éleva donc sa maison – une solide bâtisse ainsi que l’exigeait le site – au sommet d’un promontoire battu par les vents, hanté par les mouettes et coupé de la terre ferme à marée haute (…) En 1922, quand le pays tout entier fut converti au culte des Vacances à la Mer et que la chaleur estivale de la côte du Devon et de Cornouailles devint officiellement tolérable, Arthur Angmering s’aperçut que sa belle mais inconfortable demeure fin XVIIIe était invendable. En revanche, il obtint un bon prix de l’insolite propriété léguée par le capitaine de marine Roger Angmering. La bâtisse fut agrandie et embellie. On truffa l’île de « sentiers pédestres » et d’aires de repos, et une jetée de béton la relia à la terre ferme. Deux courts de tennis furent aménagés, ainsi que des terrasses pour prendre le soleil qui s’étageaient depuis une vaste plage agrémentée de radeaux et de plongeoirs. L’hôtel du Jolly Roger – autrement dit du Pavillon Noir –, sur l’île des Contrebandiers, dans la baie de Leathercombe, fit une entrée triomphale sur la scène touristique. »

NOUS AVONS TOUS DES A PRIORI

–  sur le divorce : « bien de sa génération, lady Tressillian rejetait toujours le blâme sur les femmes, et réservait pour les hommes des trésors d’indulgence. »;

– sur les homosexuels : « – Graves a parlé d’une vieille fille d’âge mûr. – Eh bien, est-ce que Mr Pye n’est pas une vieille fille d’âge mûr ? – Un inadapté, dis-je doucement. »

– sur le personnage homosexuel de l’histoire : « – Il tenait tellement au lit à colonne que je l’ai finalement mis dans la chambre rose. Giles marmonna entre ces dents quelque chose qui finissait par « … cette espèce de pédale ». – « Un dérangé mental que je n’en serai pas autrement étonnée », se dit Mrs Boyle. – « Permettez-moi de vous signaler, Mrs Davis que vous hébergez ici un personnage qui a un genre… euh…. extrêmement spécial. » – « Mal élevé comme ce n’est pas permis et complètement névrosé ce garçon, décréta-t-elle » – « Cette espèce de tordu… Je n’arrive pas à comprendre ce que tu peux bien lui trouver ». – « J’ai toujours entendu dire que ces folles froufroutantes faisaient des ravages chez les femmes. » – « Dire que j’étais jaloux de ce grand dépendeur d’andouilles névrosé. »

– sur les sportifs : « On dit souvent que les sportifs ont le cerveau comme un petit pois – ce qui est d’ailleurs une contrevérité. »

SUPERIORITE DES ANGLAIS

L’oeuvre de la romancière est truffée de propos xénophobes et antisémites. Dans Le Train bleu (1928), on trouve la description d’un vieillard juif sinistre ; dans Je ne suis pas coupable (1940), l’évocation d’un « affreux homme au nez juif ». La vision du monde d’Agatha Christie est celle, profondément « racialiste », de l’Anglais de son temps.

– sur les différences culturelles : « – Impossible de contenter tout le monde ! Les Anglais veulent toutes les fenêtres ouvertes et les autres voyageurs s’empressent de les fermer. »

– sur les Anglais : « C’était à la vérité un bel homme, large d’épaules, mince de taille et haut de six pieds. Vêtu d’un complet de drap anglais d’une coupe impeccable, il eut pu passer pour un fils d’Albion, n’eussent été la longueur de ses moustaches et ses pommettes légèrement saillantes. »; « D’habitude j’évite de me lier avec les Anglais, leur raideur m’agace. »; « – Vous pensez sans doute qu’un Anglais s’y prendrait autrement, irait droit au but, poserait sèchement les questions nécessaires et s’en tiendrait aux faits »; « – Un Anglais ne tue pas à coup de couteau »; « – J’adore voir un Anglais sortir de ses gonds. Une fois déchaînés, ces gens-là sont on ne peut plus comiques. Plus ils ressentent d’émotion, moins ils conservent de sang froid et de mesure. »: « Vous vous flattez de votre supériorité d’insulaire. Quant à moi, je considère que votre crime est indigne d’un Anglais, il est bas et n’a rien de sportif… »; « Que ce soit à la cour d’assises de Londres, sur les terrains de sport d’Eton ou à la chasse, l’anglais aime bien que la victime ait une chance de s’en tirer. »

– sur les Italiens : « Les Italiens sont de fieffés menteurs et ils jouent facilement du couteau. »

– sur les Rhodésiens : « des hommes farouches et taciturnes »

– sur les Ecossais : « Ces messieurs vont souvent par paire, et je les soupçonne d’avoir une lointaine ascendance sémitique. »; « Les tâches de rousseur font tellement bouseux, tellement écossais. », « Signe de mort ? répétai-je. C’est encore une de ces vieilles croyances écossaises ça, non ? »

– sur les Juifs : « Mary Grey s’opposait avec fermeté au choix d’une juive rebondie qui avait jeté son dévolu sur une robe du soir moulante bleu pastel. »

– sur les juifs et les Espagnoles : «  »- Et depuis quand il faudrait que je me plie à tes quatre volontés ? Je m’amusais bien, moi » – « Oui… Avec ce salopard de Rosenberg. Tu sais ce qu’il vaut, ce mec. – T’étais jaloux, voilà ce que t’avais ! – Prétentieuse, va ! J’ai horreur de voir la fille avec laquelle je suis se cuiter et se laisser peloter par un métèque d’Europe orientale. – Menteur, c’est toi qui buvait comme un trou et qui faisait les yeux doux à cette poufiasse d’Espagnole ! » »

RIEN NE VAUT ST LOO

– sur St Loo : « Je ne crois pas qu’il existe, sur la côte méridionale de l’Angleterre, de ville balnéaire aussi attrayante que Saint-Loo, baptisée, à juste titre, « la Reine des Plages », tant elle évoque la Riviera française. À mon avis, la corniche de Saint-Loo peut bel et bien rivaliser avec celle du Midi de la France. »

– sur Majorque : « – Vous aimez vraiment Majorque, mère ? – Bof…, réfléchit-elle. C’est bon marché. – Et froid, ajouta Tim avec un léger frisson »

– sur l’Egypte : « Si on pouvait être tranquille en Egypte, ce pays me plairait davantage, commenta Mrs Allerton. Mais on n’y est jamais seul nulle part. Il y a toujours quelqu’un pour vous harceler, vous demander de l’argent ou vous proposer des ânes, des colliers, ou une excursion dans un village indigène ou une chasse au canard. »

– sur les pyramides : « Ce sont d’énormes blocs ce maçonnerie inutiles, élevés pour satisfaire l’égoïsme d’un roi despotique et bouffi d’orgueil »

– sur le « bain de soleil » : « Quand une femme marche, quand elle parle, quand elle rit, quand elle tourne la tête, quand elle fait un geste de la main, alors, oui, elle est individualisée, alors, oui, elle a une personnalité. Mais, au moment où elle sacrifie à la religion du bain de soleil, elle n’en a plus. »; « Des corps allongés sur la plage – tous semblables. »; « tous ces corps exposés me font songer à la morgue … »

RESTER A SA PLACE, TENIR SON RANG, CONSERVER SON SELF CONTROL

– sur les femmes respectables : « une femme qui se respecte ne se montre jamais surprise ni troublée en aucune circonstance. »; « Je n’ai jamais compris, pour ma part, en quoi le fait de posséder des dons artistiques pouvait dispenser d’un minimum de contrôle de soi. »; « Quels que soient vos états d’âmes, à quoi bon les monter en épingle? ça ne peut qu’importuner autrui. »

– sur le mariage :  « Quand j’étais jeune fille, des choses comme cela ne se produisaient tout bonnement pas. Les hommes avaient des liaisons, bien entendu, mais on ne leur aurait jamais permis de briser leur vie conjugale. »

– sur les codes vestimentaires : « Je dois avouer que l’inspecteur-chef Davy et le sergent Wadell sont très comme il faut. Vêtements civils bien coupés pas le genre trench-coat et brodequins cloutés comme on voit dans les films. Presque des gens comme vous et moi. »

– sur les domestiques : « Elle est… bizarre. différentes des autres domestiques et, à mon avis, trop bien élevée. De nos jours, on ne sait plus distinguer une dame de sa femme de chambre. »; « A quoi bon posséder un chien s’il faut aboyer à sa place ? »

– sur les « gens bien nés » et les Anglais : « Poirot se flattait de savoir s’y prendre avec ces gens collet monté. Avant tout, pas question de faire anglais. Quand on est étranger, étranger il faut demeurer et se faire pardonner de l’être. »

– sur la société de classe : « le policier s’effaça – comme il avait eu l’habitude de s’effacer toute sa vie devant les gens du monde. »

UNE CULTURE SI ENNUYEUSE

– sur Shakespeare : « Shakepeare m’a toujours assommé avec ces scènes interminables où tout le monde est fin soûl et qui sont censées être hilarantes. »

sur Conan Doyle : « Que d’invraisemblances, de procédés. Mais compensés par un tel talent littéraire, un tel rythme dans la langue. »

–  sur les romans : « Il n’y a que dans les romans que les gens promènent un revolver à tout bout de champ. »; « du sang qui coulait dans de l’eau bleue… comme sur la couverture d’un roman policier. »

– sur la mythologie : « Ces dieux et ces déesses !… Ils s’affublaient d’autant d’identités qu’un criminel d’aujourd’hui ! Et, alcoolisme, débauche, inceste, viol, brigandage, meurtre et captation d’héritage, ils se comportaient, d’évidence, comme des délinquants. Il y avait là de quoi occuper un juge d’instruction à plein temps ! Même dans le cadre de leur vie de famille ces gens-là se comportaient comme des malfrats ! Et avec ça pas d’ordre ! Pas de méthode ! Jusqu’à leurs crimes et délits qui fleuraient l’amateurisme et trahissaient une absence totale d’esprit de synthèse ! »

AH CES MEDECINS…

– sur les infirmières : « A l’hôpital, les infirmières sont toujours lugubres. L’infirmière de nuit est toujours stupéfaite de retrouver son malade encore en vie le soir; l’infirmière de jour est toujours stupéfaite de le retrouver en vie le matin ! Elles sont tellement conscientes de ce qui peut se produire. »

 sur la médecine et les médecins : « Si un médecin devenait fou (…) personne ne s’en apercevrait avant un bon bout de temps. »; « En médecine, le plus souvent, c’est la foi qui sauve. Et le Dr Armstrong avait la manière : il savait inspirer la confiance et faire naître l’espoir. »; »Apparemment, il y avait un tout petit problème : le mari se faisait du souci pour la santé de sa femme et souhaitait un avis médical sans la paniquer pour autant. Elle ne voulait pas entendre parler de médecin. Les nerfs… Les nerfs ! Le Dr Armstrong leva les yeux au ciel. Les femmes et leurs nerfs ! »; « Un médecin sait toujours reconnaitre un mensonge. »

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