Le monde d’Agatha Christie

Franck Gintrand

Publié le :

  • 20 mai 2017

LA FASCINATION DES ILES

– sur les îles : »Ce qu’il y a de bien, avec une île, c’est qu’une fois qu’on y est, on ne peut pas aller plus loin… on est arrivé à son terme, au bout de tout… »; « une île, c’était un monde en soi. Un monde dont on risquait parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir »

« (…) le capitaine n’avait qu’un seul amour : la mer. Il éleva donc sa maison – une solide bâtisse ainsi que l’exigeait le site – au sommet d’un promontoire battu par les vents, hanté par les mouettes et coupé de la terre ferme à marée haute (…) En 1922, quand le pays tout entier fut converti au culte des Vacances à la Mer et que la chaleur estivale de la côte du Devon et de Cornouailles devint officiellement tolérable, Arthur Angmering s’aperçut que sa belle mais inconfortable demeure fin XVIIIe était invendable. En revanche, il obtint un bon prix de l’insolite propriété léguée par le capitaine de marine Roger Angmering. La bâtisse fut agrandie et embellie. On truffa l’île de « sentiers pédestres » et d’aires de repos, et une jetée de béton la relia à la terre ferme. Deux courts de tennis furent aménagés, ainsi que des terrasses pour prendre le soleil qui s’étageaient depuis une vaste plage agrémentée de radeaux et de plongeoirs. L’hôtel du Jolly Roger – autrement dit du Pavillon Noir –, sur l’île des Contrebandiers, dans la baie de Leathercombe, fit une entrée triomphale sur la scène touristique. »

NOUS AVONS TOUS DES A PRIORI

–  sur le divorce : « bien de sa génération, lady Tressillian rejetait toujours le blâme sur les femmes, et réservait pour les hommes des trésors d’indulgence. »;

– sur les homosexuels : « – Graves a parlé d’une vieille fille d’âge mûr. – Eh bien, est-ce que Mr Pye n’est pas une vieille fille d’âge mûr ? – Un inadapté, dis-je doucement. »

– sur le personnage homosexuel de l’histoire : « – Il tenait tellement au lit à colonne que je l’ai finalement mis dans la chambre rose. Giles marmonna entre ces dents quelque chose qui finissait par « … cette espèce de pédale ». – « Un dérangé mental que je n’en serai pas autrement étonnée », se dit Mrs Boyle. – « Permettez-moi de vous signaler, Mrs Davis que vous hébergez ici un personnage qui a un genre… euh…. extrêmement spécial. » – « Mal élevé comme ce n’est pas permis et complètement névrosé ce garçon, décréta-t-elle » – « Cette espèce de tordu… Je n’arrive pas à comprendre ce que tu peux bien lui trouver ». – « J’ai toujours entendu dire que ces folles froufroutantes faisaient des ravages chez les femmes. » – « Dire que j’étais jaloux de ce grand dépendeur d’andouilles névrosé. »

– sur les sportifs : « On dit souvent que les sportifs ont le cerveau comme un petit pois – ce qui est d’ailleurs une contrevérité. »

SUPERIORITE DES ANGLAIS

– sur l’égalité des hommes : « Blancs ou noirs tous les hommes sont frères. »

– sur les différences culturelles : « – Impossible de contenter tout le monde ! Les Anglais veulent toutes les fenêtres ouvertes et les autres voyageurs s’empressent de les fermer. »

– sur les Anglais : C’était à la vérité un bel homme, large d’épaules, mince de taille et haut de six pieds. Vêtu d’un complet de drap anglais d’une coupe impeccable, il eut pu passer pour un fils d’Albion, n’eussent été la longueur de ses moustaches et ses pommettes légèrement saillantes. »; « D’habitude j’évite de me lier avec les Anglais, leur raideur m’agace. »; « – Vous pensez sans doute qu’un Anglais s’y prendrait autrement, irait droit au but, poserait sèchement les questions nécessaires et s’en tiendrait aux faits »; « – Un Anglais ne tue pas à coup de couteau »; « – J’adore voir un Anglais sortir de ses gonds. Une fois déchaînés, ces gens-là sont on ne peut plus comiques. Plus ils ressentent d’émotion, moins ils conservent de sang froid et de mesure. »

– sur les Anglais : « Vous vous flattez de votre supériorité d’insulaire. Quant à moi, je considère que votre crime est indigne d’un Anglais, il est bas et n’a rien de sportif… »

– sur les Anglais : « Que ce soit à la cour d’assises de Londres, sur les terrains de sport d’Eton ou à la chasse, l’anglais aime bien que la victime ait une chance de s’en tirer. »

– sur les Italiens : « Les Italiens sont de fieffés menteurs et ils jouent facilement du couteau. »

– sur les Rhodésiens : « des hommes farouches et taciturnes »

– sur les Ecossais : « Ces messieurs vont souvent par paire, et je les soupçonne d’avoir une lointaine ascendance sémitique. »

– sur les Ecossais : « Les tâches de rousseur font tellement bouseux, tellement écossais. »

Ecossais : « Signe de mort ? répétai-je. C’est encore une de ces vieilles croyances écossaises ça, non ? »

– sur les Juifs : « Mary Grey s’opposait avec fermeté au choix d’une juive rebondie qui avait jeté son dévolu sur une robe du soir moulante bleu pastel. »

– sur les juifs et les Espagnoles : «  »- Et depuis quand il faudrait que je me plie à tes quatre volontés ? Je m’amusais bien, moi » – « Oui… Avec ce salopard de Rosenberg. Tu sais ce qu’il vaut, ce mec. – T’étais jaloux, voilà ce que t’avais ! – Prétentieuse, va ! J’ai horreur de voir la fille avec laquelle je suis se cuiter et se laisser peloter par un métèque d’Europe orientale. – Menteur, c’est toi qui buvait comme un trou et qui faisait les yeux doux à cette poufiasse d’Espagnole ! » »

RIEN NE VAUT ST LOO

– sur St Loo : « Je ne crois pas qu’il existe, sur la côte méridionale de l’Angleterre, de ville balnéaire aussi attrayante que Saint-Loo, baptisée, à juste titre, « la Reine des Plages », tant elle évoque la Riviera française. À mon avis, la corniche de Saint-Loo peut bel et bien rivaliser avec celle du Midi de la France. »

– sur Majorque : « – Vous aimez vraiment Majorque, mère ? – Bof…, réfléchit-elle. C’est bon marché. – Et froid, ajouta Tim avec un léger frisson »

– sur l’Egypte : « Si on pouvait être tranquille en Egypte, ce pays me plairait davantage, commenta Mrs Allerton. Mais on n’y est jamais seul nulle part. Il y a toujours quelqu’un pour vous harceler, vous demander de l’argent ou vous proposer des ânes, des colliers, ou une excursion dans un village indigène ou une chasse au canard. »

– sur les pyramides : « Ce sont d’énormes blocs ce maçonnerie inutiles, élevés pour satisfaire l’égoïsme d’un roi despotique et bouffi d’orgueil »

– sur le « bain de soleil » : « Quand une femme marche, quand elle parle, quand elle rit, quand elle tourne la tête, quand elle fait un geste de la main, alors, oui, elle est individualisée, alors, oui, elle a une personnalité. Mais, au moment où elle sacrifie à la religion du bain de soleil, elle n’en a plus. »; « Des corps allongés sur la plage – tous semblables. »; « tous ces corps exposés me font songer à la morgue … »

RESTER A SA PLACE, TENIR SON RANG, CONSERVER SON SELF CONTROL

– sur les domestiques : « Elle est… bizarre. différentes des autres domestiques et, à mon avis, trop bien élevée. De nos jours, on ne sait plus distinguer une dame de sa femme de chambre. »

– sur les serviteurs : « A quoi bon posséder un chien s’il faut aboyer à sa place ? »

– sur les femmes respectables : « une femme qui se respecte ne se montre jamais surprise ni troublée en aucune circonstance. »

– sur la société de classe : « le policier s’effaça – comme il avait eu l’habitude de s’effacer toute sa vie devant les gens du monde. »

– sur les artistes : « Je n’ai jamais compris, pour ma part, en quoi le fait de posséder des dons artistiques pouvait dispenser d’un minimum de contrôle de soi. »

– sur le cinéma : « « La malheureuse est même tombée sur une jeune femme presque nue qui ronflait dans la baignoire » – « C’était sans doute des gens de cinéma » minimisa Madame Branty, indulgente »

– sur les « gens bien nés » et les Anglais : « Poirot se flattait de savoir s’y prendre avec ces gens collet monté. Avant tout, pas question de faire anglais. Quand on est étranger, étranger il faut demeurer et se faire pardonner de l’être. »

– sur les femmes respectables : « une femme qui se respecte ne se montre jamais surprise ni troublée en aucune circonstance. »

– sur les états d’âmes : « Quels que soient vos états d’âmes, à quoi bon les monter en épingle? ça ne peut qu’importuner autrui. »

– sur le mariage :  « Quand j’étais jeune fille, des choses comme cela ne se produisaient tout bonnement pas. Les hommes avaient des liaisons, bien entendu, mais on ne leur aurait jamais permis de briser leur vie conjugale. »

– sur les codes vestimentaires : « Je dois avouer que l’inspecteur-chef Davy et le sergent Wadell sont très comme il faut. Vêtements civils bien coupés pas le genre trench-coat et brodequins cloutés comme on voit dans les films. Presque des gens comme vous et moi. »

UNE CULTURE SI ENNUYEUSE

– sur Shakespeare : « Shakepeare m’a toujours assommé avec ces scènes interminables où tout le monde est fin soûl et qui sont censées être hilarantes. »

sur Conan Doyle : « Que d’invraisemblances, de procédés. Mais compensés par un tel talent littéraire, un tel rythme dans la langue. »

–  sur les romans : « Il n’y a que dans les romans que les gens promènent un revolver à tout bout de champ. »

– sur les romans policiers : « du sang qui coulait dans de l’eau bleue… comme sur la couverture d’un roman policier. »

– sur la mythologie : « Ces dieux et ces déesses !… Ils s’affublaient d’autant d’identités qu’un criminel d’aujourd’hui ! Et, alcoolisme, débauche, inceste, viol, brigandage, meurtre et captation d’héritage, ils se comportaient, d’évidence, comme des délinquants. Il y avait là de quoi occuper un juge d’instruction à plein temps ! Même dans le cadre de leur vie de famille ces gens-là se comportaient comme des malfrats ! Et avec ça pas d’ordre ! Pas de méthode ! Jusqu’à leurs crimes et délits qui fleuraient l’amateurisme et trahissaient une absence totale d’esprit de synthèse ! »

AH CES MEDECINS…

– sur les médecins : « Un médecin sait toujours reconnaitre un mensonge. »

– sur les infirmières : « A l’hôpital, les infirmières sont toujours lugubres. L’infirmière de nuit est toujours stupéfaite de retrouver son malade encore en vie le soir; l’infirmière de jour est toujours stupéfaite de le retrouver en vie le matin ! Elles sont tellement conscientes de ce qui peut se produire. »

 sur la médecine et les médecins : « Si un médecin devenait fou (…) personne ne s’en apercevrait avant un bon bout de temps. »; « En médecine, le plus souvent, c’est la foi qui sauve. Et le Dr Armstrong avait la manière : il savait inspirer la confiance et faire naître l’espoir. »; »Apparemment, il y avait un tout petit problème : le mari se faisait du souci pour la santé de sa femme et souhaitait un avis médical sans la paniquer pour autant. Elle ne voulait pas entendre parler de médecin. Les nerfs… Les nerfs ! Le Dr Armstrong leva les yeux au ciel. Les femmes et leurs nerfs ! »

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