De Torquay à Bagdad en passant par Le Caire : les voyages d’Agatha Christie

Franck Gintrand

Publié le :

  • 20 mai 2017

Née avec le tourisme, Agatha Christie n’aura eu de cesse de voyager autour de la Méditerranée pour s’émanciper des conventions et se reconstruire, satisfaire sa passion de l’archéologie et puiser de nouvelles idées d’intrigues. Mais, au bout du compte, c’est pour satisfaire le besoin d’exotisme des Américains devenus ses premiers lecteurs qu’Agatha choisira de camper l’essentiel de ses romans dans le décor de la vieille Angleterre.

La jeunesse d’Agatha se confond avec les premières heures du tourisme. Réservé à l’aristocratie jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ce passe-temps des classes sociales qui ont du temps prend son essor dans la seconde moitié du XIXe siècle avec l’essor du chemin de fer et des bateaux à vapeur. Un nom domine cette période, celui de Thomas Cook. Lancée en 1841, l’entreprise organise les premiers voyages de groupes, ouvre ses premiers établissements, propose le premier tour du monde en 1872. En 1900, l’agence « Thomas Cook & Son » est leader mondiale du tourisme. Chaque année, de nouvelles destinations sont proposées : Cuba, les Bermudes, les Philippines…

Si les clients sont d’abord britanniques, les destinations de prédilections sont la France, l’Egypte et plus largement le moyen orient. L’avènement du tourisme s’accompagne de l’apparition des stations thermales et balnéaires. Après Brighton, la France multiplie les établissements hôteliers en Normandie, sur la Côte d’Azur, dans le Sud Ouest… En Egypte, Thomas Cook est partout. Le tour opérateur organise le premier voyage de groupe à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez, lance les croisières à vapeur sur Nil, ouvre son premier établissement à Louxor puis à Assouan, sponsorise une pyramide… De 1890 à 1914, près de 80 ouvrages du genre sont édités sur l’Égypte. C’est dire l’importance que constitue cette destination dans les esprits. Sur le plan des formalités, tout est très simple : il n’y en a pas. « Les conditions dans lesquelles on voyageait à l’étranger, à l’époque, raconte Agatha, semblent aujourd’hui extraordinaire. Il n’y avait bien entendu aucun passeport, aucun formulaire à remplir. On achetait son billet de train, on réservait  pour le wagon)lit, et c’était tout. »

Dotée d’une solide constitution physique, de nature intrépide et foncièrement optimiste, Agatha n’a peur de rien. Elle veut tout essayer. Assistant à un meeting aérien, elle supplie sa mère de lui laisser faire un tour dans les airs alors qu’à cette époque il n’est pas rare de voir des aéroplanes s’écraser au sol. Infirmière durant la première guerre, elle brûle sans états d’âme les bras et les jambes après les amputations. Seul handicap : elle se découvre un mal de mer terrible pendant son trajet en bateau pour se rendre en Afrique du Sud. Qu’à cela ne tienne, elle prendra le train pour ses déplacements en Europe et autour de la Méditerranée. Elle y trouvera matière à quelques-uns de ses plus célèbres romans mais le plus souvent le décor sera à peine esquissé alors que l’exotisme des lieux aurait pu facilement se prêter à de plus longs développements. Même dans un livre qui raconte ses aventures au Moyen-Orient, Dis moi comment tu vis, elle prévient le lecteur : « On y trouvera aucun aperçu intéressant sur l’archéologie, aucune description de paysages pittoresques, pas le moindre traitement des problèmes économiques, aucune réflexion sur le racisme, rien sur l’histoire. » Cet avertissement pourrait tout aussi bien figurer en préface de la plupart de ses romans. Agatha qui n’aime pas les descriptions, préférant poser le décor en quelques mots et procéder de façon allusive.

La France pour parfaire une éducation

Enfance et Finish school

A la différence de la plupart de leurs amis, les parents d’Agatha Christie ne sont pas fortunés. Ils vivent tout au plus dans une « aisance confortable », se satisfaisant de trois domestiques, « un minimum à l’époque ». Le temps passant, la situation financière de la famille se dégrade. Pour réduire les dépenses, la décision est prise de louer la propriété à des Américains et de séjourner un moment en France, où la vie est nettement moins chère qu’en Angleterre. Leur choix se porte sur un hôtel modeste de Pau. A l’instar de Nice, la ville est une colonie britannique avec son église anglicane, son palais d’hiver, son golf (le premier en France) et son Cercle. Durant l’été, la famille séjourne à Lourdes, Argelès et Cauterets. Après un bref passage par Paris fin aout, direction Saint-Malo, au Grand hôtel des Bains de Paramé. Agatha apprend à nager sur la plage l’Ecluse, à Dinard. Début octobre, la famille prend le ferry pour l’île de Guernesay où elle séjourne jusqu’à la fin de l’année avant de rentrer en Angleterre.

Neuf ans plus tard, à 15 ans, Agatha retourne à Paris pour une année de « finishing school ». Elle va rester deux ans dans la capitale française. Mère et fille s’installent d’abord à l’hôtel, avenue de Iéna, avant qu’Agatha parte en pensionnat dans une école française puis à l’école de miss Hogg à Auteuil et, enfin, à celle de miss Dryden, près de la place de l’Etoile. Gourmande elle aime s’arrêter, chez Angelina, un salon de thé créé par un confiseur autrichien.

Deux livres ayant pour décor la France : Le Crime du Golf et L’Express de Plymouth.

Ces deux séjours n’inspireront à Agatha que deux romans se déroulant en France. Le Crime du Golf voit Hercule Poirot enquêter sur la mort d’un riche marchand dans le nord de la France. Rien sur Paris, le Sud ou la Bretagne pourtant autrement plus exotiques pour un lectorat britannique que le Nord de la France. A noter que si Le train bleu relie Calais à Nice, le choix de notre pays n’est pas central dans ce roman qui développe une nouvelle : L’Express de Plymouth. 

Le Caire pour trouver un mari

Premier contact avec l’Egypte

En 1907, Agatha passe trois mois avec sa mère au Caire pour faire son entrée dans le monde et trouver un mari. Cette quasi-colonie anglaise (depuis 1882) regorge de jeunes officiers et ingénieurs du canal de Suez. Qui plus est, pour une famille dont le train de vie est sérieusement revu à la baisse depuis le décès du père d’Agatha, le coût d’un palace est bien moins élevé que celui d’une petite pension sur la Côte d’Azur.

Le Caire est alors en pleine phase de modernisation et d’embellissement. A l’occasion de l’inauguration du canal de Suez, de nombreux aménagements sont entrepris dans la capitale : de larges avenues sont percées sur le modèle de Paris, une route relie le Caire aux Pyramides, un opéra et un théâtre sont construits… Toute l’aristocratie européenne s’y donne rendez-vous avant une croisière sur le Nil.

Mère et fille séjournent à l’hôtel Gezira Palace (intégré aujourd’hui dans la construction moderne du Marriott Mena house). Le bâtiment est conçu par un Allemand et le jardin par un Français. L’impératrice Eugénie y séjourne. Construit pour le Khédive d’Egypte, il est confisqué par l’Etat au lendemain de son renversement et vendu à un grec et à un hongrois qui en font un hôtel.

Agée de 17 ans, Agatha cherche un mari. Elle adore danser. Cela tombe bien : c’est la meilleure façon de trouver l’âme soeur. Elle écume donc les bals, « jusqu’à cinq fois par semaine» à l’hôtel Shepheard (détruit depuis), assiste à des matchs de polo, participe à des pique-niques… Chaperonnée par sa mère, la jeune fille rencontre « une trentaine de jeunes gens raisonnablement présentables », mais rentre en Angleterre sans avoir trouvé le prince charmant.

Un premier livre ayant pour décor l’Egypte… refusé.

A son retour, elle écrit et envoie des pièces de théâtre sur le thème du paranormal à plusieurs revues qui les refusent. Sa sœur la met alors au défi d’écrire un roman policier et Agatha écrit The Lonely Petit, roman policier qui se déroule au Caire. Nouveau refus.

L’Afrique du sud et Hawaii pour faire du surf

Un tour du monde en amoureux

En 1912, Agatha rencontre le lieutenant Archibald Christie avec qui elle se marie le jour de Noël 1914. Démobilisé au lendemain de la guerre, son mari entre dans le privé avant d’accepter en 1921 une longue mission à travers les dominions pour la préparation de la Grande exposition de l’Empire. L’année suivante, le couple parcourt 55 000 km pendant dix mois, séjournant successivement en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hawaï et au Canada.

Agatha aime se dépenser même si elle reconnait n’être douée pour aucun sport. A Muizenberg, célèbre spot du Cap, la romancière goûte au surf pour la première fois. La planche utilisée par le romancier est une sorte de croisement entre un paipo et un ski nautique – mince, étroit, lisse et avec un nez arrondi. Avec son mari, ils sont parmi les premiers à surfer debout.  A Hawaii, l’exercice s’avère beaucoup plus difficile. Agatha note que les planches y sont plus lourdes qu’au Cap et les vagues plus violentes. Les débuts sont rudes. Elle se retrouve même nue, lorsqu’au cours d’une chute sa planche arrache son costume de bain en soie ! 

Un roman d’évasion ayant pour décor l’Afrique du Sud

Ce tour du monde inspire deux ans plus tard à Agatha Christie un unique roman : L’homme au complet marron. Il s’agit d’un policier mais aussi d’un roman d’espionnage et d’aventures dont l’action se déroule pour l’essentiel en Rhodésie, sur fond de troubles politiques et de nature éblouissante. C’est incontestablement un premier roman destiné à satisfaire le besoin d’évasion du lectorat britannique dans une possession britannique d’Afrique du sud fondée officiellement au début du XXe siècle. 

Les Canaries pour panser ses plaies

Premier voyage dans une île

L’année 1926 est une année charnière : Le Meurtre de Roger Ackroyd remporte une vrai succès mais Agatha perd sa mère, divorce d’Archibald, tente de se suicider et disparait pendant plusieurs jours.

Plongée dans une profonde dépression, elle décide de partir au début de l’année 1927 à Tenerife, une île des Canaries, avec son assistante et de sa fille. Elle séjourne à Las Palmas, se promène dans le Jardin des orchidées d’El Sitio Litre, réputé pour ses d’orchidées et son dragonnier, finit le Train bleu dans la souffrance, y écrit Le Mystérieux M. Quinn.

Une nouvelle ayant pour décor les Canaries

Treize problèmes dont une nouvelle se déroule aux Canaries, Miss Marple y enquêtant sur la noyade suspecte d’une touriste britannique. 

L’Irak pour se reconstruire

Bagdad et Ur

En 1928, Agatha décide de partir en Irak. L’évocation de ce pays lointain dans les dames de Bagdad, un conte des Mille et une nuits, la fait rêver. Elle choisit de voyager seule en prenant l’Orient Express jusqu’à Istambul. Ur est l’ancienne capitale de Mésopotamie, célèbre pour avoir vu naître Abraham et pour sa zigggurat. Agatha a suivi les fouilles menées conjointement par le British Museum et l’Université de Pennsylvanie. 

D’Istambul, elle rejoint Alep puis Damas dans un train local avant de gagner Bagdad dans un car à six roues puis, après une traversée du désert, le site archéologique de Ur. La photo ci-contre la montre sur le site, en 1931. On y aperçoit Max Mallowan avec qui la romancière s’est mariée l’année précédente, Agatha et Leonard Wooley.

Istambul

Elle séjourne d’abord à l’hôtel Tokatlian (en attente de restauration depuis des années), un des lieux préférés de la haute société d’Istanbul avant de s’installer à l’hôtel Pera palace. Erigé en 1892 par un architecte franco-turc pour accueillir les voyageurs de l’Orient-Express en villégiature, l’hôtel qui offre une vue splendide sur le Bosphore est le plus célèbre de la ville. C’est là qu’est installé le premier ascenseur électrique de Turquie, le deuxième en Europe après celui de la Tour Eiffel ! C’est aussi un des tous premiers établissements au monde à avoir été alimenté en eau chaude. Agatha y aurait trouvé l’inspiration de son best-seller, Le Crime de l’Orient-Express, chambre 411.

A noter que le restaurant de l’Hôtel Péras Palas s’appelle… l’Agatha.

L’Orient Express

Agatha prend pour la première fois l’Orient Express qui rallie la gare de Calais à celle d’Istambul en trois jours. L’agence de voyages Thomas Cook s’occupe de la réservation.

L’Orient-Express est un train de luxe, créé par la Compagnie internationale des wagons-lits, fondé par un belge. Le luxe du train est tel que des bandits organisent une attaque qui obligent la compagnie à créer sa police. Le luxe ne réside pas uniquement dans le décor mais aussi dans le service. Les passagers sont notamment libérés des contraintes administratives, la Compagnie s’occupant de présenter les passeports à chaque passage de frontière.

Le service quotidien Direct-Orient-Express vers Istanbul a cessé en 1977, vaincu par la faiblesse de sa vitesse (à peine 55 km/h vers la fin) due aux interminables arrêts douaniers dans les pays communistes traversés et à la concurrence du transport aérien.

Une croisière pour source d’inspiration

Second séjour en Egypte

Lors d’un second séjour en Egypte en 1933, Agatha Christie et son mari séjournent à Louxor au Old Winter Palace, résidence d’hiver de la famille royale égyptienne, du roi de Belgique et de la reine Elisabeth. Ils font  une croisière sur le Nil entre Louxor et Assouan sur le SS Soudan, construit par Thomas Cook en 1885. Le navire sur lequel le téléfilm Mort sur le Nil avec David Suchet sera tourné 70 ans plus tard, a été racheté et remis à neuf par Voyageurs du Monde.

Le couple rejoint le Old Cataract, érigé là encore par Thomas Cook, à Assouan qui se dressait isolé à l’époque sur le promontoire de granit (Depuis un bâtiment neuf lui a été adjoint). L’Hôtel garde le souvenir du séjour de la romancière avec un suite « Agatha-Christie », le plus bel appartement de l’établissement dit-on. Quand elle n’est pas occupée par des clients, il est possible de la visiter.

Le décor de Mort sur le Nil

Trois ans plus tard, Agatha Christie y rédige Mort sur le Nil lors d’un long séjour. Une fois encore, le roman fait très peu de place au décor et à la couleur locale bien que l’intrigue se déroule dans un cadre d’une exceptionnelle richesse (Assouan, Abou Simbel, les paysages du Nil).

L’archéologie pour passion 

Naissance d’une passion

A partir de 1930, elle accompagne son mari au moyen-orient et se prend de passion pour les fouilles archéologiques.

Le périple se fait dans des voitures cahotantes, qui s’ensablent, s’embourbent et tombent en panne. Sur place, les conditions matérielles sont « spartiates ». Elle aime la vie sur le chantier. Elle se rend utile en photographiant, en nettoyant et en enregistrant des découvertes.

Moyen orient, le décor de trois grands classiques

Ses séjours en Irak et en Syrie inspirent un premier roman publié en 1936, Meurtre en Mésopotamie. L’action se situe sur un chantier de fouilles archéologiques en Irak, au coeur de l’ancienne Mésopotamie. Le cadre du roman, avec la ville arabe d’Hassanieh, le fleuve Tigre qui coule non loin du site de fouille et l’ambiance très « coloniale » du récit, font de Meurtre en Mésopotamie un des épisodes les plus réussis des voyages d’Hercule Poirot, avec Mort sur le Nil et Le Crime de l’Orient-Express.

Nimrud

Chaque hiver de 1949 à 1957, Agatha Christie Max aide son mari sur le site néo-assyrien de Nimrud, au nord de l’actuel Irak.

La capitale de l’Empire néo-assyrien est pillée lorsque l’empire s’effondre. L’histoire s’est répétée en 2014 lorsque des combattants de l’État Islamique ont envahi Nimrud après s’être emparés de la ville voisine de Mossoul.

Sheikh Adi

Décrivant le sanctuaire de Sheikh Adi situé près de Mossoul, Agatha juge qu’il «ne peut y avoir de lieu nulle part ailleurs dans le monde si beau ou si paisible. (…) Vous vous retrouvez loin dans les collines à travers des chênes et des grenades, en suivant un ruisseau de montagne. L’air est frais, clair et pur. Et puis, tout à coup, vous arrivez aux flèches blanches du sanctuaire. Tout y est calme et doux et paisible. Il y a des arbres, une cour, de l’eau courante. Des gardiens au visage gentil vous apportent des rafraîchissements et vous êtes assis en parfaite paix pour siroter un thé.  »

Palmyre

Dans un passage de « Come, Tell Me How You Live », l’arrivée à Palmyre y est décrit avec beaucoup d’émotion : “Après sept heures de chaleur et de monotonie et un monde solitaire – Palmyre! C’est, je pense, le charme de Palmyre : sa beauté crémeuse et élancée se levant à merveille au milieu d’un sable brûlant. C’est charmant, fantastique et incroyable, avec toutes les invraisemblances théâtrales d’un rêve. Les cours, les temples et les colonnes en ruines… Je n’ai jamais pu décider de ce que je pense vraiment de Palmyre. Il a toujours pour moi la qualité onirique de cette première vision. Ma tête et mes yeux douloureux faisaient plus que jamais penser à une illusion fébrile ! Ce n’est pas – ça ne peut pas être – réel. »

Syrie

Christie décrit la Syrie comme «un pays doux et fertile et ses gens simples, qui savent rire et profiter de la vie; qui sont oisifs et gais, et qui ont de la dignité, de bonnes manières et un grand sens de l’humour, et pour qui la mort n’est pas terrible ». Elle évoque la gaieté et la liberté de parole et d’allure des femmes kurdes, si différentes des femmes arabes; l’arbitrage des incessantes disputes entre ouvriers kurdes, arabes ou arméniens; et surtout la difficile répartition des trouvailles d’une saison en deux lots, si possible égaux, puisque l’un revient aux Syriens et l’autre est expédié au British Museum.

La vieille Angleterre pour faire rêver les Américains

Le crime de l’Orient Express (1934), Meurtre en Mésopotamie (1936), Mort sur le Nil (1937), Rendez-vous avec la mort (1938), Rendez-vous à Bagdad (1951)… Autant de romans brillants. Mais le filon de l’évasion n’est pas infini. Après un meurtre commis dans un train, un bateau, un avion ou à l’époque lointaine de l’Egypte ancienne, les possibilités d’intrigues s’épuisent. Sur le plan de l’évasion et de l’exotisme, le policier, du moins le roman policier tel qu’Agatha le conçoit, est loin d’offrir les mêmes potentialités que le roman d’espionnage.

Rien de dramatique pour autant. Au contraire même. L’Amérique est devenu le premier marché d’Agatha. Il ira jusqu’à lui fournir les 4/5e de ses droits d’auteur. Or la vieille Angleterre, l’Angleterre victorienne est au moins aussi exotique pour les Américains que le moyen orient pour les Britanniques. Et qu’importe si cette Angleterre-là est en passe de disparaitre. C’est elle qui, au final, fournit l’immense majorité des romans d’Agatha Christie (voir la liste complète des lieux des romans).

Torquay

Sous le nom de St Loo, Torquay inspire plusieurs de ses romans, L’Homme au complet marron, La Maison du périlUn cadavre dans la bibliothèque et La Dernière Énigme

C’est une station de la « Riviera anglaise », bordure de la Manche, dans le Sud de l’Angleterre , réputée pour la douceur unique de son climat, ses plages, ses palmiers, ses figuiers, ses lauriers, ses magnolias. C’est là que nait Agatha en 1890, qu’elle y grandit avec sa sœur et son frère, qu’elle manque de s’y noyer, qu’elle y rencontre son premier mari. C’est là enfin que se passent plusieurs de ses romans.

On peut y visiter l’hôtel Imperial où l’auteur aimait danser, et que fréquentaient le roi Edouard VII comme par Napoléon III, a été saccagé par un architecte fou. Mais à l’intérieur, on peut encore admirer la salle de bal et le hall d’époque, Princess Gardens, où l’écrivain aimait à se promener, le Grand Hotel où elle passe sa lune de miel, avec sa vue sur la mer, son bar superbe et sa suite Agatha Christie qui est à recommander et sur hauteurs de Torquay, une merveille, les grottes de Kent, habitées il y a plus de 350 000 ans et qui est un des plus beaux sites paléolithiques au monde.

Le site internet du Grand hôtel de Torquay

Autres curiosités :

– à quelques minutes de voiture, le village féerique de Cockington Court avec ses maisons à toit de chaume.

– la ligne Torquay-Dartmouth, fermée en 1963, a été rouverte : un train à vapeur transporte les voyageurs en longeant la côte jusqu’à Dartmouth, la plus belle ville du Devon.

Dartmouth est la perle du Devon. Elle se différencie par ses deux rives: sur la rive nord, d’anciennes habitations de pêcheurs multicolores en plusieurs gammes pastel surplombent le fleuve. Sur la rive sud, à quelques centaines de mètres de l’imposant Britannia Royal Naval College et des maisons à colombages somptueuses datant des XVe et XVIe siècles. C’est sur cette rive, au Royal Castle Hotel (dont l’histoire remonte à 1639!), que l’écrivain résidait avant l’achat de Greenway, et l’endroit apparaît sous le nom de Royal George Hotel dans Témoin indésirable.

Londres

Agatha Christie a vécu à Londres une bonne partie de sa vie. Elle a travaillé comme assistante en pharmacie sur le campus de l’University College Hospital, pendant la Deuxième Guerre Mondiale. C’est à Londres que la pièce d’Agatha Christie, La Souricière, est jouée depuis 1952, un record historique

Et c’est encore à Londres, qu’Agatha achète Greenway grâce au succès phénoménal que ses romans rencontrent dans les années 30. La maison de style géorgien est installée dans un domaine délirant. Entourée de bois mais aussi de jardins et serres en tout genre, le jardin descend en pente douce vers la Dart. Greenway, léguée par le petit-fils d’Agatha, Mathew Prichard, à la National Trust, l’équivalent des monuments historiques au Royaume-Uni, est aujourd’hui un musée permettant de visiter la maison de l’auteur telle qu’elle était lorsqu’elle y habitait.

En savoir + sur Greenway

Brown’s hôtel

Le Brown’s hôtel, le plus ancien hôtel de Londres, inspire un livre : « A l’hôtel Bertram ». C’est un roman fascinant qui repose sur une question presque métaphysique : peut-on arrêter le temps ? Et qui appelle une réponse d’une logique implacable qui est : non bien sûr, c’est impossible. Dans ce roman, Bertram est beaucoup plus qu’une paisible retraite. C’est un univers où chaque membre du personnel est à l’image de ce qu’il doit être. Le portier à un maintien impeccable. Le maître d’hôtel est attentif et discret. La femme de chambre affiche le visage rose et rond des filles de la campagne. La réceptionniste connait ses clients sur le bout des. Quant au responsable de l’établissement, il a d’excellentes manières. Bien sûr, tout est trop parfait. Mais je vous laisse voir ce qui se cache derrière cette façade.

Après une rénovation complète, le Brown’s hôtel a réouvert en 2018.

Burgh Island

Agatha est fascinée par les îles, ces mondes isolés du reste du monde. Non seulement « une fois qu’on y est, on ne peut pas aller plus loin… on est arrivé à son terme, au bout de tout…  » mais « une île, c’est un monde en soi. Un monde dont on risque parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir. »

Burgh Island est achetée par un millionnaire en 1927. Il y fait construire une maison qu’il transforme en hôtel où Agatha séjourne et dont elle s’inspire pour ses 10 petits nègres. Transformé en appartement, la bâtisse est rachetée dans les années 80 pour redevenir l’unique hôtel de l’île, le Burgh island hotel.

L’île sert de décor aux « Dix petits nègres » mais aussi aux « Vacances d’Hercule Poirot ».

Dernier voyage

Les voyages en Irak s’achèvent en 1958 après la révolution et l’assassinat du roi d’Irak Fayçal I. Agatha Christie a 68 ans. Elle meurt dix huit ans plus tard dans sa résidence de Wallingford, près d’Oxford. Après une vie bien remplie, Agatha dépose ses bagages. Sur sa pierre tombale quatre vers signent la fin du voyage : Temps de repos après tant de labeur, Havre de paix après les jours de tempête, Trêve bénie succédant à la guerre, La mort est douce après notre vie si âpre.

Franck Gintrand

Revenir à la rubrique :