Pyongyang, la ville totalitaire

Franck Gintrand

Publié le :

  • 19 mai 2017

Par son radicalisme, la ville totalitaire éclaire la ville moderne d’un jour particulier. 

Côté pile

Côté pile, la ville totalitaire incarne l’avènement d’un ordre nouveau, la promesse d’un nouveau départ, d’un nouveau monde, d’un nouvel homme. A Pyongyang, l’avantage, c’est qu’aucune décision autoritaire, aucun acte démentiel n’aura été nécessaire pour projeter la ville dans cette modernité idéale des régimes totalitaires. Les bombardements de la guerre de Corée s’en seront chargés en évitant les tergiversations qui caractérisent inévitablement les décisions radicales. Ainsi, la ville a pu faire table rase du passé coréen sans le moindre état d’âme. Le résultat a dépassé tout ce qui aurait pu être le fruit d’un plan échelonné dans le temps. Reconstruite en un temps record par les Russes selon les principes de l’urbanisme alors en vigueur, l’architecture datant de cette époque fait ressembler la capitale nord coréenne à une ville sibérienne pendant les mois d’hiver ou à presque n’importe quelle agglomération nouvelle du XXe siècle pendant les beaux jours d’été. L’organisation s’inspire, elle, de l’expérience suédoise des « quartiers autonomes » avec ses unités administratives de 5 000 à 6 000 personnes, dotées de services identiques : un magasin d’alimentation, un salon de coiffure, un tailleur , une salle de bain publique, un bureau de poste , une clinique… Au fil du temps, l’ordre comme l’architecture ont perdu de leur rigueur et de leur uniformité, la modernité d’hier n’étant plus celle d’aujourd’hui.

Mais à la limite peu importe. Car l’essentiel subsiste. A Pyongyang, l’homme reste une fourmi au service du grand Tout, un anonyme perdu dans l’immensité et exposé au regard de chacun. Les immenses avenues droites excluent l’absence de recoins, l’aspect extérieur des immeubles d’habitation rejette toute singularité et toute volonté d’affirmation, les dimensions des espaces et des bâtiments publics écrasent de leur masse. C’est dans cet ordre et ces contrastes que réside l’extrême formalisme de la capitale nord coréenne. La tour du Juche, la plus haute tour de granit du monde, est haute de 170 mètres. Elle n’est pas à comparer avec l’obélisque de la place de la Concorde mais à celui de Washington qu’elle dépasse de quelques centimètres. Ellese situe au milieu de la place déserte de Kim-Il-Sung d’une superficie de deux hectares, la statue de Kim Il-Sung donne lieu à un « face-à-face disproportionné avec la gigantesque figure de la nation » (Guy Deslile), l’arc de triomphe de Pyongyang est plus élevé de  9 mètres (ou de 3 mètres, difficile de savoir au juste) que celui de la place de l’Étoile, la Grande Salle d’Etude du Peuple regroupe trente millions de livres « soit seulement 9% du bâtiment », le stade du 1er mai revendique des dimensions uniques, l’ombre de l’hôtel Ryugyong s’étend sur la ville « tel Dracula et son château dans les films d’horreur » (Guy Deslile)… 

Cela étant dit, l’obsession du monumental ne se retrouve pas seulement dans la ville totalitaire. Sur ce plan, Kim Il-sung a tiré une partie de son inspiration des exemples de la France et des Etats-Unis. C’est dans ces deux pays que l’urbanisme monumental a été imaginé – ou réintroduit si l’on se réfère à l’époque lointaine de l’Egypte ancienne. Dès le XVIIe siècle, Versailles s’impose comme l’exemple parfait de la démesure. Même chose pour l’esplanade des Invalides aménagée le siècle suivant. Et que dire de l’arc de Triomphe si ce n’est qu’il ne brille pas par sa légèreté. Surtout, on ne saurait oublier que le monde doit à Paris, à Napoléon III et à Hausmann la pratique des percées urbaines les plus spectaculaires du XIXe siècle. Même constat de l’autre côté de l’Atlantique, au pays de la démocratie. Il n’y a pas si longtemps encore, les twin towers rivalisaient avec l’hôtel Ryugyong en écrasant Manhattan de leur masse. On a beau dire, l’effet n’était pas forcément du meilleur goût. Mais c’est la capitale des Etats-Unis, imaginée en partie par une Français, où le parallèle avec Pyongyang s’avère le plus tentant. A ces deux exemples, il faudrait ajouter toutes les villes nouvelles construites dans la seconde partie du XXe siècle. Bref si Pyonggyang est incontestablement une ville totalitaire, elle a de qui tenir, y compris dans plus grande démocratie du monde qui n’a pas mégoté sur la mégalomanie. 

Côté face

Si la ville totalitaire s’arroge le droit de ne montrer aux étrangers que ce qu’elle veut bien dévoiler, elle s’emploie à cacher tout ce qui pourrait contredire l’idée d’ordre. Les journalistes ne peuvent y travailler librement, les contacts avec la population sont limités et surveillés, beaucoup de lieux sont interdits d’accès aux étrangers. Dès l’atterrissage, les arrivants sont généralement dépossédés de leurs appareils électroniques. Le tout contribue à faire de la Corée du Nord un pays étrange, hors du temps et de l’espace, presque surnaturel.

Du coup, la ville totalitaire est aussi la ville de toutes les rumeurs. Commençons par le métro. Pendant longtemps, on a raconté que si Puhung et Yonggwang sont les seules stations accessibles aux étrangers c’est parce qu’elles seraient en réalité les deux seules stations existantes. La poignée de Coréens bien habillés présents à ce moment-là seraient des acteurs. A l’inverse, et de façon moins fantaisiste, il semblerait que le métro ne se limite pas aux deux lignes officielles. A l’instar du réseau secret de Moscou, il y aurait un métro secret réservé aux déplacements des membres du gouvernement. Une de ces lignes irait du Palais Mansudae à l’aéroport au nord de la ville. A l’origine de cette rumeur, le nombre de rames achetés à la Chine qui serait deux fois plus important que le nombre de rames en service. Il se pourrait aussi que l’effondrement d’un tunnel ait été utilisé pour dissimuler la construction d’un tunnel militaire sous le fleuve Taedong. La station de Kwangmyong est fermée, officiellement parce qu’elle est reliée au palais du Soleil Kumsusan, où Kim Jong-ilet Kim Il-sung, reposent.

Il n’existe aucune photo de l’intérieur du palais du Soleil Kumsusan, transformé en mausolée géant à la mort de Kim Il-sung en 1994. L’entrepreneur Bruno Bensaid décrit les lieux : « Il y a d’abord plusieurs sas de décontamination avec plusieurs niveaux de tapis pour s’essuyer les pieds. Puis tu entres dans une salle avec de l’air pulsé et des aspirateurs qui enlèvent les poussières que tu pourrais avoir sur toi avant de voir la momie. » Pour s’approcher de la dépouille mortelle de Kim Il-sung, il faut encore emprunter un long trottoir roulant sur lequel il est interdit de marcher. « Le trajet immobile dure cinq minutes, reconstitue en lisant ses notes le photographe Philippe Chancel qui a effectué de multiples reportages en Corée du Nord. Un couloir rectiligne de marbre gris et de granit que j’évalue à 300 mètres aller-retour. Au bout, on tourne à droite, puis un Escalator et un nouveau couloir dont les murs sont ornés de grands portraits de Kim Il-sung dans des cadres dorés. »

Lafarge, depuis le rachat d’Orascom Cement en 2007, y possède la cimenterie que le groupe égyptien avait dû ouvrir en contrepartie de sa licence de téléphonie mobile. Du coup, l’entreprise est également censée achever l’hôtel Ryugyong, absurdité pyramidale dont la construction est en panne depuis 1992. Le Ryugong Hotel fut construit en réponse à la construction de l’hôtel le Stamford par les frères coréen du Sud. En 1986, ce dernier était le plus grand hôtel du monde et la Corée du Nord se devait d’y répliquer. Malheureusement, un soudain manque de fonds transforma le Ryugong Hotel en ruine abandonnée en 1992. La construction ne fut reprise que très récemment, avec l’aide généreuse d’un investisseur égyptien (“aucun rapport” rajoute la guide) et l’hôtel sera apparemment utilisable dès l’été 2012. En attendant, il est interdit de s’en approcher. Le Ryugyong Hotel est le 22e gratte-ciel le plus haut au monde. Inoccupé depuis près de trois décennies, il devait être condamné à le rester encore longtemps. Mais contre toute attente, lundi 9 avril, le colosse de verre et de béton de Pyongyang (Corée du Nord), s’est éclairé pendant la nuit. Près du sommet de l’édifice de 105 étages, des lumières aux couleurs du drapeau nord-coréen sont apparues pendant que les arrêtes s’allumaient en jaune. Si cette illumination n’a pas duré longtemps, elle a suffit à relancer les débats quant au futur de hôtel : va-t-il enfin ouvrir ses portes ?

Cette immense pyramide, dont le chantier avait commencé en 1990, n’a jamais été inaugurée. Haut de 300 mètres et composé de 3 000 chambres, cet édifice incarne la démesure de la Corée du Nord qui souhaitait concurrencer le plus grand hôtel du monde réalisé en 1986 à Singapour par un groupe sud-coréen. Si des rumeurs racontent que les constructions ont été arrêtées par manque d’argent ou parce que le bâtiment avait été si mal dessiné qu’il ne pourrait jamais être fonctionnel, le régime de Kim II Sung a officiellement justifié l’interruption du chantier en 1992 par la fin de la Guerre froide. Ce projet, qualifié par le magazine américain Esquire de « pire chantier de construction dans l’histoire de l’humanité », s’est néanmoins achevé en 2008 sans jamais ouvrir.

Le Yanggakdo Hotel ressemble à un vieux gros robot très sale. Il est quasiment vide, il y a 1 000 chambres mais seulement une dizaines sont occupées. À cette époque de l’année, il y a moins d’une vingtaine de touristes étrangers dans tout le pays. Petit détail intéressant : si on regarde dans l’ascenseur de l’hôtel, le 5ème étage est manquant.

Des familles se promènent, on voit des gens dans des bus (sans lumières), tout paraît presque normal. Seul bizarrerie : la rue est un axe très central mais elle est pourtant dénuée de tout commerce ou restaurants. Rien n’est vendu à l’extérieur, il n’y a pas de marques, pas de publicité… Mais l’on trouve en fait des sortes d’enseignes, toutes similaires et plutôt explicites. Les commerces sont apparemment tous comme ceux-là, l’intérieur toujours caché par un rideau épais. Il n’est pas évident que quelque-chose s’y trouve à chaque fois : les quelques magasins où l’on rentre sont soit fermés soit quasiment vides. Il y en a même un où le compteur électrique a disjoncté et il a fallu le visiter avec une lampe torche ! Et bien-sûr, on ne voit personne les visiter. Le principe du magasin avec sa vitrine alléchante et ses promotions saisonnières n’a pas sa place ici de toute façon.

Autre curiosité, il n’y a pas de chiens, ni de chats non plus, ils ont dû tous passé au barbecue il y a quelques décennies. Je me demande si ils savent à quoi ces animaux ressemblent ? Le seul animal que l’on a pu voir vivant sont les autruches (vous en verrez une brochette très bientôt).

Omniprésence de la publicité politique ou commerciale

S’il faut trouver un trait singulier à Pongyang il faut plutôt se tourner vers la propagande qui s’affiche dans la ville. Elles sont omniprésentes : dans les musées, dans les écoles, dans les gares, dans les rames de métro, dans les halls d’hôtel, au Munsu Water Park, en format géant sur la façade du ministère de l’intérieur et sur celle de la bibliothèque du peuple. Dans sa célèbre bande dessinée sur la ville, Guy Deslile note : « chaque immeuble a sa banderole, chaque mur a son portrait, chaque poitrine a son badge (…) Un peu partout, on trouve, peints ou sculptés, des avatars du « cerveau parfait » sous la forme d’une fleur rouge : la kimjongilia. » Consacrées à l’histoire épique des Kim, l’affichage  renvoie à la vie rêvée de la société totalitaire, celle d’un père aimant conduisant ses enfants vers le meilleur des mondes. On retrouve ici cette particularité des villes totalitaires qui consiste à laisser planer l’existence d’un contrôle invisible et omniprésent en rappelant régulièrement la figure de l’autorité politique. Quitte à introduire des variantes pour éviter que la répétition ne finisse par verser dans la banalisation. Sorte de « Martine communiste du XXIe siècle » (lumieresdelaville.net), Kim-Il-Sung est ainsi représenté sur le Mont Paektsu, au milieu des fleurs, à la plage, sur fond de feu d’artifices, levant le bras, serrant des mains, toujours souriant et bon enfant… Il n’est pas jusqu’à l’itinéraire des pas du fondateur de la dynastie qui ne soit rappelé sur un panneau du grand hall d’entrée de la piscine Kim-Il-Sung. 

Soit. Mais cette propagande est-elle si différente de celle qui s’affiche dans les grandes métropoles du monde libre ? Là, les publicités omniprésentes présentent le miroir permanent et changeant de nos fantasmes de beauté, de toute puissance et d’immortalité. Le message n’est dicté par aucune volonté de domination. Mais il est tout aussi impérieux et, du fait même de sa nature, beaucoup plus compliqué à contester.

Symbolisme versus esthétisme

Tout monument de la ville totalitaire fait sens car rien ne peut sortir de l’anonymat et s’en tenir à l’abri sans raison précise. Et parce qu’il n’est de pire ennemi du totalitarisme que l’ambivalence, le sens s’exprime – ou tente de s’exprimer – de la façon la plus littérale qui soit. La tour du Juche constitue le parfait exemple de cet art du premier degré. Le Juche, c’est la doctrine officielle censée éclairée le peuple nord coréen sur sa destinée, son ambition ultime, l’autosuffisance. La Corée du Nord a abandonné l’idéologie communiste dans les années 1950, quand le culte de la personnalité a cessé d’exister en Union Soviétique. C’est alors qu’en 1926, l’idée du Juche, considérée à la base comme la suite logique des théories de Marx et de Lénine, commença à s’imposer. Cependant, avec le temps, toutes les références au communisme ont commencé à disparaître de la constitution nord-coréenne, et dans sa dernière édition de 2009, il n’y en a plus aucune.

Le monument qui lui est consacré emprunte la forme d’une bougie géante surmontée d’une torche rouge dont la lumière permet de voir jusque-là dans les ténèbres. On ne saurait être plus explicite. De la même façon, le monument du parti des travailleurs se contente de montrer trois bras dressés brandissant pour le premier une faucille, pour le second un marteau et pour le troisième un pinceau. La encore, cela se passe de tout commentaire. Et qu’importe si par moments la mise en scène laisse à désirer comme ces immeubles dans la perspective du Monument de la fondation du Parti des travailleurs de Corée censés rappeler la forme d’un drapeau flottant au vent ou si le symbole s’écarte de la logique comme l’arc de triomphe de Pyongyang qui ne commémore pas une victoire mais célèbre la volonté du dictateur de réaliser la réunification des deux Corée. Qu’importe, également, si le symbole prête à sourire par sa naïveté, son caractère pop, digne de Las Vegas, comme l’hôtel Ryugyong, symbole d’éternité et de volonté de domination sur le monde, « compromis incertain entre une pyramide égyptienne et une fusée intersidérale » dont l’achèvement, comble de l’ironie, s’est finalement vu confiée à une entreprise égyptienne.

A l’inverse, chaque monument de la ville contemporaine finit un jour ou l’autre par perdre sa dimension idéologique originelle pour  ne plus posséder qu’une dimension esthétique. C’est sans doute-là, une différence majeure, radicale entre la ville totalitaire et celle qui ne l’est pas. 

Sélectivité versus attractivité

« Pendant une semaine j’ai insisté pour aller faire un tour à la gare, sans succès. Il y a des des droits comme dont on me refusait l’accès sans que je puisse y trouver un motif valable. » L’explication la plus plausible : la gare est un bâtiment sans envergure, le hall n’est pas très grand et il n’y a qu’un tapis roulant datant de l’ère soviétique. Or la ville totalitaire, qui se voudrait un palais à la gloire du régime, n’entend montrer aux regards extérieurs que ses plus beaux espaces de réception. On ne s’y déplace pas sans respecter des règles plus ou moins claires. Comme lors de la visite de l’impéatrice, il s’agit pas de ne pas s’écarter d’un circuit officiel. Le Palais du Soleil Kumsusan n’est accessible aux étrangers que les jeudis et dimanches sur les circuits touristiques officiels organisés par le gouvernement. L’usage de l’appareil photographique est strictement limité. Dans le métro, seules les stations Puhung et Yonggwang, sont accessibles, et encore, accompagnés de leurs guides nord-coréens. Elles sont vraisemblablement fermées aux Pyongyangites à ces moments-là. De plus les visites sont généralement organisées en milieu de matinée, ce qui minimise les risques de perturbations. Les « traffic girls » sont surnommées les « visages de Pyongyang », car seules les plus belles femmes sont aptes à obtenir ce poste. Les touristes sont invités à assister à un des nombreux cours de langue délivrés à la Grande Salle d’Etude du Peuple.

A visiter

Palais du Soleil Kumsusan : Le corps embaumé de l’ancien président y est exposé à l’intérieur d’un sarcophage en verre clair.

Grand Monument Mansudae : La statue du Président Kim Il Sung a été érigée en 1982 à l’occasion de son 70e anniversaire. Celle de Kim Jong Il a été rajoutée en 2012, après sa mort. Les deux statues sont encadrées de deux ensemble sculptés représentant la lutte anti-japonaise et l’établissement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). 230 personnages y sont représentés.

Place Kim Il Sung : encadrée de bâtiments austères, ornés d’enseignes de propagande. C’est le lieu privilégié pour les défilés militaires qui occupent régulièrement la capitale.

Tour du Juche : est une tour haute de 170 mètres érigée à Pyongyang, sur les berges du Taedong, en l’honneur de l’idéologie Juche. Terminée en 1982, elle a été bâtie pour le 70e anniversaire du président Kim Il-sung. Pour 5€, on peut monter au sommet pour avoir une vue unique sur Pyongyang. Devant la tour, une sculpture monumentale en bronze de 30 mètres de haut, inspirée par la sculpture surplombant le pavillon de l’Union soviétique à l’exposition universelle de Paris de 1937. Des plaques de félicitations, apportées par des délégations étrangères ou des particuliers étrangers connus, figurent à la base du monument.

Musée de la guerre de Corée : Le bâtiment principal en lui-même a ouvert en juillet 2013, après seulement un an de chantier. Le lieu est spectaculaire et s’ouvre sur un escalier monumental en haut duquel trône une statue de Kim Il Sung. La pièce maîtresse du musée est l’USS Pueblo, un navire américain capturé en 1968. Devant le musée se dresse la statue de la victoire. Un mastodonte de 27 mètres de haut, posé sur un piédestal de sept mètres.

Métro : c’est le métro souterrain le plus profond au monde, et pourtant l’un des moins utilisés par des touristes. Inauguré en 1973, le métro de Pyongyang compte deux lignes comprenant respectivement huit et neuf stations. Les travaux de construction du métro ont commencé en 1968, à l’initiative de Kim Jong-il qui avait visité le métro de Pékin lors d’un déplacement en Chine en 1966. Souhaitant démontrer la supériorité de la Corée du Nord sur son voisin du sud, Kim Il-sing a fait accélérer les travaux de conception pour lancer le chantier du métro en 1968, trois ans avant Séoul (1971).

Témoignages

« L’esthétique de Pyongyang est vieillotte et kitsch, figée dans les années 1960. Pas de néons, pas de publicités, pas de panneaux d’affichage. Tout le monde est un peu uniforme. Les barres d’immeubles et les installations sont peintes dans une gamme de couleurs que je voyais dans la maison de mes grands-parents. Les tramways sont vieux et usés, les routes sont en béton gris. Même l’herbe semble sortie d’un autre temps. »

« Après sa mort en 1994, Kim-Il-sung fut déclaré Président éternel. Les fenêtres de son palais colossal furent scellées et le complexe entier transformé en une tombe monumentale qui rendait ridicule en comparaison les mausolées de Lénine, ou de Mao. A la demande de nos guides, nous avions revêtu nos vêtements les plus élégants. Et c’est ainsi endimanchés que nous entrâmes dans la première salle du palais au son des cymbales et des cors militaires de L’Hymne du Général Kim Il-sung… », La lutte continue, Thomas van Houtryve, 2012

« Rémi Chayé, réalisateur et scénariste de films d’animation, a été envoyé par un studio pour profiter du faible coût et de la rapidité de la main-d’œuvre nord-coréenne. L’atmosphère qu’il décrit est celle d’un pays dont le totalitarisme principal est l’ennui. « C’est très monacal. Tu restes dans ton hôtel et, le soir, tu n’as pas grand-chose à faire de toute façon. Tu peux aller te bourrer la gueule au bar mais c’est sinistre. Au mieux, tu joues au billard en écoutant du disco des années 1970. »

Bibliographie

Pyongyang, Guy Delisle, L’Association, 2003 : C’est là, dans la capitale de la Corée du nord, que le dessinateur Guy Delisle a passé récemment quelques mois pour travailler dans un studio d’animation local (au passage, le lecteur occidental apprend qu’une bonne partie des dessins animés qu’il regarde est fabriquée en Corée). Comme son séjour s’est révélé particulièrement édifiant, il s’est dit qu’il allait le raconter sous la forme d’un album de bande dessinée. Riche idée !

La lutte continue, Thomas vanHoutryve, 2012 : Pendant sept ans, Tomas van Houtryve a arpenté comme nul autre avant lui la Corée du Nord, Cuba, la Chine, le Népal, le Vietnam, le Laos et la Moldavie. Il y a découvert un monde souterrain fait d’espions, de révolutionnaires, d’opposants et d’ouvriers. A travers ses photos, c’est l’écart entre l’idéal communiste et sa mise en oeuvre contrastée dans le monde actuel qu’il a tenté d’explorer.

DPRK, Philippe Chancel,  2006 : PRK ? République populaire démocratique de Corée. Kim Il-Sung ? Son portrait partout. Pyongyang ? La capitale, tour à tour inquiétant espace vide et scène de foules en tableaux vivants. Le photographe ? Un invité évident des rencontres photographiques d’Arles.

On a marché dans Pyongyang, Abel Meiers, Ginkgo éditeur, avril 2015 : Pendant une année, notre famille a été domiciliée au compound diplomatique, Munsundong, Taedonggang district, à Pyongyang. Nous avons pu soulever un coin du rideau, nous glisser dans le décor, et nous vous proposons de nous suivre dans cette exploration surréaliste et souvent drôle.

Raphaël Olivier : en voir plus sur son site

Sur internet

Carnet de voyage

Morganpartout, blog de voyageur

Corée du Nord : Pyongyang, une ville presque comme les autres

North Korea DPRK, site photo de Eric Lafforgue sur flickr : les clichés et les vidéos de l’auteur renvoient l’image d’un monde idéal. Troublant

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