Le rêve bobo – Slate / 2011

Franck Gintrand

Publié le :

  • 26 mars 2011

Le bobo serait un vrai bourgeois et un faux bohème. Rien de bien dramatique si, derrière cette critique en règle, ne se profilait le rejet d’une idéologie très postmoderne.

Peu de figures sociales suscitent autant de sarcasmes et de détestation. Livre après livre, article après article, le bobo est invariablement ridiculisé, accusé de tous les travers et copieusement injurié. Sur le ton de l’humour ou du premier degré, on lui reproche d’être hypocrite, tiède, faussement généreux… En un mot, le bobo serait un vrai bourgeois et un faux bohème. Rien de bien dramatique si, derrière cette critique en règle, ne se profilait le rejet d’une idéologie très postmoderne.

Né de l’union entre le «bourgeois» et la «bohème», le bobo semble très actuel. Contrairement à l’intellectuel et à l’enseignant, qui auront marqué les deux derniers siècles, le bobo maîtrise un savoir utile et opérationnel. A l’inverse des chefs d’entreprise, il fait partie de l’immense masse du salariat. A la différence de l’ouvrier, doublement victime de la désindustrialisation et de la chute du mur, mais aussi moins fréquentable depuis qu’on le soupçonne de voter FN, il incarne la domination du secteur tertiaire sur les économies modernes.

Pour toutes ces raisons, on pourrait percevoir le bobo comme une figure de plus. Mais en y regardant de plus près, cette figure tente surtout de concilier des caractéristiques sociales jusque-là considérés comme antinomiques.

Le rêve de la minorité représentative

Peut-on symboliser une société et faire partie d’une minorité privilégiée? Sans être une catégorie dument répertoriée par l’Insee ni un bourgeois tout à fait comme un autre, le bobo fait partie des CSP+ et cette appartenance suffit à le différencier de l’immense majorité de la population active. Plus encore, le bobo exerce un métier valorisant et entretient avec son travail une relation passionnée qui, là encore, le distingue de la masse laborieuse. Or ce double privilège du revenu et du statut ne l’empêche pas de résumer à lui seul la société de communication, en lieu et place des ouvriers et de la classe moyenne. Pour l’immense majorité, la pilule a logiquement du mal à passer.

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